m y* <■ ; £> ! \ - ~ / V « ***>£ J*^**-^ °K-, î»-'tr^c ~*4-' V- M OT' ■ -%* ■» s* •^*, ■ .y-*" ^ Qr P* TrSOo^/v?" ^§®bé* xU-lL-lfïf ROGÎCK COLLECTIOM HISTOIRE NATURELLE DES POLYPES COMPOSÉS D'E4U DOUCE ou DES BRYOZOAIRES FLUVIATILES: MM. B -C. DIM0RT1ER cl P.J, VAN BENEDEN, 9EMBKES DE L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE. HOG'.CK COLLECTION BRUXELLES M. HAYEZ, IMPRIMEUR DE L'ACADÉMIE ROYALE DE RELGIQUE. 1850. ACADEMIE ROYALE DE BRUXELLES. (EXTRAIT DU TOME XVI DES MÉMOIRES.) HISTOIRE NATURELLE DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE , PAR Kl. DMORTIER et VAN BENEDEN, LUt A i >' un 'in ROYALE, DANS SA SÉANCE DO 5 FÉVRIER 1842. VVVVV\WV\\VV\lVVVVVVV,V\A/VVVVV\VV\A^IV\NV\VVVVVVVVV^\^aVWV\rtaVVVVVVVVVV\IVV\VV\lVVVVV\IVVV\VVVVVVVV\\ INTRODUCTION. L'histoire naturelle des Polypes composés fluviatiles a été enrichie dans ces dernières années d'un grand nombre de faits. Ces curieux habitants de l'eau douce ont été étudiés sous le rapport physiologique avec autant et peut-être plus de soins que sous le rapport zoologique. Chaque observateur a apporté son contingent de faits; mais souvent de bonnes observations ont fait place à des erreurs, et quelques-unes sont restées en dehors de la science. Il devenait urgent de soumettre chacun des genres dont cette série d'animaux se compose , à un exa- men rigoureux et comparatif; nous nous sommes imposé cette tâche, et c'est le résultat de nos observations que nous présentons dans ce tra- vail. Nous nous proposons de réunir tout ce que la science possède sur les Polypes composés d'eau douce, d'augmenter le nombre de faits, s'il est possible , de les vérifier toujours et de les exposer dans un ordre méthodique. Celui qui s'occupe en dernier d'un sujet comme celui-ci , a tou- jours un grand avantage sur ses prédécesseurs; s'il est persévérant dans ses recherches , s'il peut y consacrer le temps nécessaire , si les instruments dont il se sert sont perfectionnés, et si à tout cela il 4 INTRODUCTION. joint l'habitude de l'observation, il doit nécessairement arriver à quelques l'ésultats nouveaux; c'est le but que nous nous sommes pro- posé dans ce mémoire. Nous avons divisé notre travail en trois parties : dans la première , nous donnerons la partie historique et littéraire , qui consiste en un extrait de ce que chaque ouvrage contient de plus important. Nous sommes parvenus à nous les procurer presque tous. Nous ne devons pas dissimuler que nous avons rencontré quelques difficultés en vou- lant nous borner aux travaux qui concernent les Polypes composés d'eau douce; l'importance de quelques mémoires sur les Polypes marins nous a mis dans la nécessité de les signaler avec les autres. Dans la seconde partie , nous examinerons chaque genre sous le rapport anatomique, physiologique et embryogénique , du moins les genres qui présentent des différences assez notables dans leur organi- sation. Dans la troisième, nous traiterons la question zoologique, et, résu- mant les observations de détail contenues dans la seconde partie , nous présenterons l'ensemble des considérations générales sur l'ana- tomie et la physiologie de ces animaux. Les polypes qui ont servi à nos recherches proviennent surtout des environs de Bruxelles et de Louvain. L'un de nous, M. Dumortier, les a trouvés dans la plaine de Mon-Plaisir et le canal de Willebroeck. M. Van Beneden a observé les différents genres à la campagne de son ami Félix vicomte de Spoelberch , à Lovenjoul, et dans la Dyle. Il prie son ami d'agréer ses remercîments pour l'empressement qu'il a toujours montré pour lui faciliter ses recherches. ^v^\^'v\\^\^'v\vvv^\\\^\vv'v\^\\\^(VV\\\^'v\\^\\^\^^\'vvvv\lV\\^M\'\^'v\\\\\v^\^^^^\\^\^v^v\\\\\\^\^\^\^^^ HISTOIRE NATURELLE DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE, CHAPITRE PREMIER. HISTORIQUE. La découverte des Polypes est due à Leeuvvenhoek '. C'est en 1703 que le célèbre observateur hollandais publia, dans les Transactions philosophiques , ses observations sur ces animaux, en accompagnant sa description de bonnes figures. Leeuvvenhoek avait trouvé ces êtres singuliers sur des feuilles de Lemna , au milieu des vorticelles et des infusoires. Linné leur imposa depuis le nom tfHydra, à cause de leurs rapports avec l'animal fabuleux de ce nom. Dans le cours de la même année, un anonyme inséra, dans le 1 Transact. philos., n°< 283 , art. 4. 1703. 6 HISTOIRE NATURELLE même recueil scientifique ' , une note sur les animalcules de Leeu- wenhoek. Cette note est accompagnée de quatre figures, mais l'auteur ne fait connaître rien de nouveau. Le corail , ainsi que les différents Polypes marins , étaient encore considérés à cette époque comme appartenant au règne végétal, et on était tellement convaincu de la nature végétative de ces êtres, que les premiers observateurs qui en aperçurent l'animal , le prirent pour la fleur du polypier. D'après M. Flourens 2 , Marsigli vit, le premier, en 1706 3 , l'animal du corail qu'il prit pour une fleur. Il annonça sa découverte dans une lettre datée du 18 octobre 1706, et adressée à l'abbé Bignon. L'im- portance de cette découverte ne fut point méconnue, car on lit dans l'Histoire de l'académie des sciences, que M. le comte Marsigli fit, en 1707, une découverte qui sera à jamais célèbre clans la botanique marine, celle des fleurs du corail 4 . Déjà Ferrante Imperato 5 aurait jeté les bases de l'opinion généra- lement adoptée depuis sur la nature animale de ces corps organisés. D'après Milne Edwars, Imperato reconnut les caractères de l'animalité à l'eschare cervicorne b . Boccone ' et Luid 8 , en soupçonnant la na- ture animale de quelques-unes de ces productions, auraient, avec le savant pharmacien de Naples , ouvert la voie aux découvertes faites un demi-siècle plus tard 9 . Peyssonnel 10 , médecin â Marseille, observa à son tour, en 1723, 1 Transact. philos. , n° 288 , p. 1494 , pi. III , 13-16. 1703. 2 Flourens, Journal des savants. 1838. 3 Marsigli, Briere ristretto del Sagio fisico intorno alla Storia de mare. Venezia , 1711. In-4°. Hist. phijsiq. de la mer , Amsterdam. 172S. 1 vol. in-fol. avec fig. 4 Hist. de f académie des sciences , 1710, pag. 76. 5 Imperato ( Ferrante) , Hisloria naturale. Naples, 1599 , et Venise, 1672 , 1 vol. in-fol. 6 Milne-Edwars , sur les Eschures, Ann. des se. nat. , 2 e série , t. 6. 7 Eoccone , Recherches et observations d'hist. nat. touchant le Corail , etc. Paris, 1670. 1 vol. in-12 , et Amsterdam , 1674. 8 Luid, Description et fiante d'une plante marine remarquable, Tiuns. phil. Londres, vol. 28. 9 De Blainville, Manuel d'actinologie, pag. 16. '"Peyssonnel, Traité du Corail. Tra.\sact. nulos. , vol. 47, pag. 4-45. Dans les Annales des DES POLYPES COMPOSES D'EAU DOUCE. 7 les animaux du corail , et il les prit, comme Marsigli, pour la fleur de cette production marine. Deux ans plus tard , en 1 725, il les étudia de nouveau ; mais cette fois il reconnut leur nature animale et chercha même à établir leur affinité avec d'autres animaux marins. C'est cette même année que Peyssonnel fit part de ses observations à Réaumur; mais ses conclusions parurent si extraordinaires au célè- bre académicien , que , tout en en faisant la communication à l'acadé- mie des sciences, il crut convenable , dans l'intérêt de la réputation de Peyssonnel , de ne pas citer son nom '. Les recherches de Marsigli et de Peyssonnel excitèrent la curiosité de B. de Jussieu, qui se rendit, en septembre 1741 , sur les côtes de Normandie, accompagné de Blot, pour étudier ces êtres probléma- tiques. Des alcyons et des madrépores sont soumis à leur investiga- tion; ils voient de leurs yeux les prétendues fleurs rentrer et sortir de leurs cellules, et la découverte de Peyssonnel obtient la sanction du savant botaniste. En rendant compte de ses observations à l'académie des sciences ' , B. de Jussieu employa pour la première fois le nom de Polype pour désigner ces animaux en général , et cette désignation nouvelle fut depuis lors admise dans la science. On sait que les Polypes des anciens étaient des mollusques céphalopodes , dont un genre est encore désigné sous le nom de Poulpe, par corruption de leur dé- signation primitive. B. de Jussieu, afin de ne laisser aucun doute sur la nature animale des productions marines dont il venait de reconnaître le mystère , rapporta à Paris des alcyons des côtes de Normandie, conservés dans la liqueur, et les savants de la capitale furent à même de s'assurer de la justesse de cette nouvelle découverte. Plus tard , B. de Jussieu et Réaumur 3 ont observé des œufs dans les scienc. natur. , 2 e série, t. IX, 1838, Flourens donne l'analyse d'un ouvrage manuscrit du même auteur , intitulé : Traité du Corail. 1 Mémoires de P. Jcadémie , 1727. 2 Mémoire de l'académie royale des sciences, 1742, pag. 290. 3 Réaumur, Mémoires pour servir à l'histoire des insectes, tom. VI, préface, p. 74. 1734-174^. — Bernard de Jussieu , Mémoires de l'académie royale, 1742, et Philosoph. transact. 17o6. 8 HISTOIRE NATURELLE Polypes à panache ou d'eau douce , et quoiqu'ils n'en aient point laissé de figures , leur courte mais bonne description suffit pour les reconnaître. D'après Bœck, B. de Jussieu aurait aussi découvert des hydres dans la Seine en 1728, et il aurait reconnu, dans les environs de Paris, deux espèces de Polypes , dits composés '. C'est en 1 739 que Trembley retrouva les hydres dans les fossés de la campagne du comte Bentink , près de La Haye , et qu'il commença ses curieuses expériences sur ces animaux 2 . Au mois d'avril , en allant à la pêche des hydres, il découvrit des Polypes composés d'eau douce , qu'il nomma Polypes à panache. C'est le même que l'un de nous , M. Dumortier , a trouvé un siècle plus tard dans la plaine de Mon-Plaisir, près de Bruxelles. On trouve l'exposé des premières observations de Trembley, dans une lettre qu'il écrivit à Réaumur en 1741 , et que celui-ci commu- niqua à l'académie des sciences. Dans cette lettre, il devait être sur- tout question de ses célèbres expériences sur les hydres, puisque l'article communiqué commence ainsi : L'histoire du Phénix qui re- naît de ses cendres , toute fabuleuse qu'elle est , n'offre rien de plus merveilleux que la découverte dont nous allons parler.... 3 . Ce n'est qu'en 1744 qu'il publia ses observations sur les Polypes d'eau douce. La grande célébrité qui s'attache à ce nom est due surtout à ses expériences sur la lacération des hydres. C'est lui qui fit connaître pour la première fois leur reproduction par boutures. Quand Trembley annonça qu'un fragment quelconque détaché du corps de cet animal et abandonné à lui-même, reconstitue, au bout de dix jours, un nouvel animal, semblable à celui dont il est provenu, il eut l'air de ressusciter une ancienne fable. Aussi cette nouvelle se 1 Bœck , Ahhand der Schwed. sikad., Tora. VIII. 2 Trembley, Philos. Transact., 1742. — Trembley, Mémoires pour servir àl'histoire d'un genre de Polypes d'eau douce, Leyden, 1744, 1 vol. in-4° , chez Durand; 2 vol. in-12, Paris, 1744. Une traduction par l'abbé Goeze , en allemand, avec notes , in-8° , Quedlingsburg, 1774. 3 Histoire de l'académie des sciences , 1741 , pag. 33. DES POLYPES COMPOSES D'EAU DOUCE. 9 répandit-elle avec une étonnante rapidité dans tout le monde savant. Ce queTrembley a dit des hydres et des Polypes composés est de la plus rigoureuse exactitude, et il ne faudrait, pour donner à son tra- vail une grande importance, que changer la nomenclature vulgaire dans le langage scientifique, tel qu'on le réclame aujourd'hui pour ces sortes de travaux. Nous pouvons donc attribuer la gloire de la découverte des hydres à Leeuwenhoek ; la découverte de l'animal du corail , et, par consé- quent , des Polypes , comme on l'entend aujourd'hui , à Marsigli et à Peyssonnel : le premier ayant vu l'animal, en le prenant pour une fleur ; le second, en fixant le règne auquel il doit appartenir; et la dé- couverte des Polypes d'eau douce, appartient à Trembley. Baker, il est vrai , a publié son travail un an avant Trembley, mais les re- cherches de ce dernier étaient déjà connues de tous les savants de l'époque avant la publication de son ouvrage. Trembley a reconnu l'existence d'un tube digestif complet dans son Polype à panache. Il ne désigne point, il est vrai, la situation de l'anus, mais il reconnaît dans le canal intestinal un œsophage, un estomac et des intestins (pag. 132). Sans connaître les fonctions respiratoires des tentacules, il en a reconnu les effets, puisqu'il dit (pag. 131) : Ces bras ne touchent 'point la proie, mais ils occasionnent dans Veau, par leur mouvement, une sorte de tournant qui la conduit dans le panache. Trembley représente dans ses planches les longs muscles rétrac- teurs que Raspail a eu tort de prendre pour des replis de la peau. Il est apparent, dit-il (pag. 139), que ces fils servent à retirer le Polype dans la cellule. On voit par là qu'il soupçonnait leur nature. Trembley, dans sa description, ne parle pas de la circulation, mais il n'a pas moins vu de petits corps dans un mouvement continuel (pag. 146) et comme ballottés dHun endroit à l'autre. Je les voyais passer, ajoute-t-il, de la cellule dans le corps d'un Polype et monter entre la peau et les intestins , jusque près de la racine du panache , et de là retoxirner ensuite dans la. cellule. Ce fidèle observateur dit aussi que ces Polypes se reproduisent 10 HISTOIRE NATURELLE 1° par rejetons, comme les hydres, et 2° par œufs. Ils multiplient non-seulement par rejetons, mais ils font aussi des œufs, et plus loin il dit avoir vu de petits corps sphériques, de différentes gran- deurs, blancs et transparents , qu'il suppose être des œufs, mais qu'il n'a pas eu occasion d'examiner si ce soupçon était fondé (146). Nous croyons que, sur ce dernier point, Trembley était dans l'erreur. B. de Jussieu et Réaumur ! avaient reconnu dans les Polypes (alcyonelles?) des œufs, d'abord blancs, puis bruns, déprimés au milieu et pourvus d'un bourrelet. Trembley connaissait ces observa- tions et il trouva l'occasion de les confirmer, en 1746, deux ans après la publication de son travail. Il écrivit à Bonnet qu'il avait apporté d'Angleterre des œufs desséchés comme des œufs de ver à soie, et que le printemps suivant il en a vu sortir des Polypes 2 . Nous ignorons à quel genre de Polypes ces œufs appartenaient. A cette époque on trouve encore deux notices sur les hydres : l'une est de Martin Folkes % et l'autre du duc de Richmond 4 . Cette der- nière est l'extrait d'une lettre datée d'Utrecht (1743). Toutes les deux sont accompagnées de figures, mais elles ne font que confirmer ce que l'on savait déjà. Baker a publié son traité sur les Polypes en 1743 5 . Il reconnaît quatre sortes de Polypes, parmi lesquelles il comprend les hydres et les vorticelles. On voit représentés dans ses planches le Polype à pa- nache , des plumatelles et des cristatelles. 1 Loc. citât. - Bonnet, Considérations sur les corps organisés, tom. II, art. 317. 3 Some account of the insect called the fresh-water Polypus, by Martin Folkes. PuiLO-soni. Traksact. 1742-3, n° 469, p. 422 (676), pi. XVII. 4 Some further account of Polypi. Pmlosopu. Transact. , n° 470, p. S10 (685), pi. XVIII, fig. 1 — 3. Voyez aussi, clans le môme recueil, même année, Gronovies, Concerning a water- insect (Polype), n° 466, p. 218 (607), et une autre note, encore d'un gentleman de Cambridge , Concerning the insect mentioned by Gronovius , n° 466, pag. 227 (609). 5 Baker, An attempt towards a natural history of the Polype in a letter to Martin Folkes. London, 1743. Empl. of microscope. London , 1753. Nuttig gebruyk van het mikroskoop^ of handleiding , etc., door Henri Baker, traduit par Houthuyn. 2 vol. in-8". Amsteldam , 1756. Philosoph. Transact. 1743. Some observations on a Polyp dried, by Henry Baker, n° 471 , p. 616 (724), ( pl. XXI, fig. 8. DES POLYPES COMPOSES D'EAU DOUCE. 11 Baker signale un Polype très-curieux, qui a des œufs d'une forme toute particulière et qu'il désigne sous le nom de bell-flower- animal. Jl dit l'avoir reçu de son ami William Arderon, qui le découvrit en 1743. Cette espèce remarquable, que personne ne paraît avoir observée depuis, a été retrouvée par l'un de nous, M. Van Beneden, en 1839, près du château d'Heverlé. Ces animaux vivent rarement, dit Baker, plus de quinze réunis et moins de dix , dans une sorte de mucilage (in een vliezig soort van slym of ' lymartig hokje). L'habitation, en forme de clochette, est toute transparente et divisée en différents compartiments. Les bras sont au nombre de quarante et en fer à cheval. Les aliments passent par un œsophage, entrent dans un estomac, et s'accumu- lent ensuite dans un intestin pour être expulsés sous forme de bou- lettes. Outre les mouvements individuels, toute la colonie peut, selon l'auteur anglais, se transporter d'un endroit à l'autre par une volonté commune. Baker n'a pu découvrir comment ils se propagent; mais il suppose que les corpuscules arrondis, trouvés dans l'intérieur, sont de véri- tables œufs. Les filaments, signalés il n'y a pas longtemps sur les bras des hy- dres, étaient connus déjà de Baker : M en heeft aen de armen een menigte van kleyne hairfjes ontde/it, die uyi de bolletjes schynen voort te hoomen, en mogelyk als haaftjes dienen tothet vatten en vasthouden van de prooi. Ainsi Baker a suivi de près Trembley, et il s'est montré, comme lui, consciencieux et fidèle observateur. Il y a lieu de s'étonner que les Polypes fussent encore si imparfaite- ment connus il y a quelques années, quand on pense que, vers le milieu du siècle dernier, ces nouvelles hydres avaient attiré l'attention de presque tous les savants de l'Europe. En Hollande, en Angleterre, en France, en Suède et en Allemagne les Polypes furent l'objet de cu- rieuses investigations. 12 HISTORIE NATURELLE A. Bseck ' a connu déjà plusieurs espèces de Polypes, qu'il divise en Polypes nus et Polypes couverts. Les premiers sont les hydres, dont il a observé lui-même trois espèces distinctes; les autres comprennent les Polypes à polypier, et il admet un Polype à panache fixe, qui pour- rait bien être l'alcyonelle, et un Polype à panache mobile, qui est celui de Trembley, ou le lophopode de M. Dumortier. Ces deux espèces avaient été observées par B. de Jussieu : la pre- mière provenait des étangs du jardin royal de Paris, où on la rencon- trait sur des feuilles de plantes aquatiques, des morceaux de bois et de pierre. La seconde espèce provenait de la Seine : Baeck dit les avoir vues, à Paris, chez le célèbre botaniste. Mais ce que cet auteur nous appi'end de plus curieux , c'est qu'on avait déjà observé, dans les hydres aussi bien que dans les autres Po- lypes, les deux modes de reproduction : par gemmes et par œufs : Einen weissen Vielarm (hydre), dit-il, hat B. de Jussieu mit EierJdumpen gefunden, einen unten aufjeder seite, an einem solchen Orte, dass vermutlich war dass die Zeugung vorgehen honnie, et plus loin il ajoute en parlant des Polypes à panache : Betrachtet man dièse cylin- drische Hiilsen im Herbstmonat und Weinmonat , so fi?idet man darin- ne/i hleine runde Kugeln oder Eyer von brauner Farhe. Si l'on con- serve, ajoute-t-il encore, ces œufs pendant l'hiver dans un peu de coton, au printemps suivant on en voit sortir de jeunes Polypes. Dans la planche qui accompagne ce travail, les deux figures du Polype à panache de Trembley sont reproduites. Rôsel ' a commené la publication de ses Inseclen-Belustigungen en 1746, et ce n'est que dix ans plus tard qu'il a fait connaître ses recher- ches sur les Polypes. Il a fait de nombreuses observations sur les hydres ; il a étudié les alcyonelles ou plumateiîes, et, le premier, il a connu les Polypes que plus tard on a désignés sous le nom de Cristatelles. 1 A. Boeck, Kurze Nachricht von ff^asserpolypen. Kœnigl. Schw Akad. der FFissensch . Abhand. 17-15. Uberselzt von Kiistner. Hambourg, vol. 8, p. 203, pi. VI. 2 Rosel, Insecten-Belustigungen , h vol. in-l° , et un S e vol de suppl. , par Kleeman (1761). Nuremberg, 17-46 — 61. Traduction hollandaise, vol. in--4°. Haerlem et Amsterdam. DES POLYPES COMPOSES D'EAU DOUCE. 13 Rôsel s'est éloigné, en plusieurs points, de Trembley et par là de la vérité. En étudiant les plumatelles, il était nécessairement conduit à douter des observations faites par Trembley sur les Lophopus. Le naturaliste de Genève avait eu sous les yeux un polypier transparent, tandis que Rosel étudiait un polypier opaque. Ce qui était clair poul- ie premier était profondément obscur pour le second, et, jusque dans ces dernières années, on a travaillé comme Rosel, en condamnant les observations qui ne s'accordaient pas avec ce que l'on avait vu dans un animal souvent fort différent. Les doutes et les erreurs de Rose; proviennent de ce qu'il a étudié un polypier non transparent, et qu'il a pris les véritables œufs pour des graines, qu'il supposait former la nourriture de ces Polypes. Dans ses Vederbos Poli/peu, Rosel compte environ soixante tenta- cules, disposés en fer à cheval. Le polypier est transparent. Il attribue à tort le mouvement circulaire autour des bras à l'eau qui est expulsée de la bouche. Trembley en avait déjà attribué la cause au mouvement occasionné par les bras. Les parties que Trembley désigne sous le nom d'œsophage, d'esto- mac et d'intestin, Rosel les a vues et il les représente même dans sa planche 76; mais il ne peut les prendre pour ces organes, parce que les prétendues graines de lentille (œufs), qu'il croit être leur nourri- ture , ne se trouvent pas dans l'intérieur du tube digestif. Ledermuller partage l'opinion de Rosel sur ce dernier point; mais l'abbé Goeze, dans sa traduction de Trembley, la combat et se range de l'avis du naturaliste de Genève. Rosel suppose que les aliments entrent dans l'intérieur du tube polypiaire et qu'ils se dirigent dans tous les sens. A ceci il ajoute que les Polypes à panache ne se nour- rissent pas d'insectes , que ceux-ci sont plutôt des ennemis qu'ils craignent, puisqu'il a vu les Polypes se retirer dans leur tube chaque fois qu'un de ces animaux venait à le toucher. Rôsel a vu les excré- ments et il a même représenté un individu au moment de les rendre (pi. 75) ; mais il est tellement préoccupé de ses graines de lentille qu'il ne peut pas se ranger de l'avis de Trembley. U HISTOIRE NATURELLE Les tubes polypiaires se déplacent quelquefois de deux pouces dans une nuit, dit Rosel , ce qu'il faut attribuer, selon lui, à l'eau que ces animaux expulsent , comme on le remarque chez quelques larves d'insectes. Nous n'avons point observé ce déplacement de tout un polypier, mais cette observation s'accorde avec celle que Baker a faite sur son bell-flowerpolype . Nous ne croyons pas que les polypiers composés d'eau douce , une fois fixés, jouissent en commun de cette faculté, mais bien les jeunes avant qu'ils se fixent. C'est au mois de mai 1754 que Rose! a découvert les animaux que Cuvier a désignés sous le nom de Cristatelles. Il avait mis des Lemna dans un verre d'eau : après l'avoir bien remué, il le laissa en repos, et aperçut peu de temps après, quelques corps arrondis de la grosseur d'une tête d'épingle, d'un jaune d'ocre, au fond du vase; il les recon- nut pour des Polypes d'un autre genre. Ils étaient pourvus de 60 tentacules. Il n'a rien pu observer sur leur mode de reproduction. Rôsel parle de quatre différentes sortes de Polypes composés d'eau douce : 1° Celui de Baker ; 2° celui de Trembley ; 3° ses Veder- hospolypen, et 4° ses kleyne Vederbospolypen ou cristatelles. Dans une note , Kleeman ajoute ensuite le Polype découvert par BIu- menbach (Fredericella) , et qui n'a que 20 tentacules. Quant aux Polypes trouvés près de Hanovre, par le professeur Lichtenberg, et qui n'auraient que quatre tentacules, ce sont probablement des Difflugies. Les Polypes dont parle Brady dans les Transact. philosoph. et qu'il a trouvés avec Pallas, près de Bruxelles , sont des vorticelles '. En 1754, Schceffer publia un mémoire sur les Polypes à bras (hy- dres ) des eaux douces de Ratisbonne 2 . Ce mémoire est accompagné de trois planches. Les figures 1 et 2 de la première planche représentent un Polype composé qu'il nomme Kammpolypen , et qu'on pourrait 1 Brady , Philos. Transact. , vol. 49 , p. 24K , tab. 7 , fig. 1-6 ; et Pallas , Hisl. nat. des zoo- phytes, Irad. holl., vol. I, pa{j. 12-4. 2 Die Armpolypen im siissen IFasser um liegensburg ; in-4°, Regensburg , 1754. Schceffer , Abhandhmgen von Insekten , in-4°. Ratisbonne , 176-4-1779. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 15 nommer aussi, dit l'auteur, Corallenartig. Ces polypiers ramifiés sont étendus sur des tiges et des feuilles, et sont pourvus, dans leur inté- rieur, de corpuscules bruns (œufs). Nous croyons que l'animal dont parle Schœffer est la plumatelle des auteurs. Schœffer a reconnu que l'hydre verte, après avoir été desséchée, revient à la vie lorsqu'on la remet dans l'eau. Loeffling a également observé les Polypes, mais il ne fait rien con- naître de nouveau ; peut-être fait-il allusion à une circulation quand il dit : Die Substanz im Innern des Polypen-Stdmmchens scheine manchmal eine zitternde Beicegung zu haben '. Ledermuller, dans sa Mikroskopische Ergoetzung, parle des mêmes Polypes que Rosel , chez qui il les a vus pour la première fois. Il ne fait rien connaître d'important ni sous le rapport zoologique, ni sous celui de la physiologie. Partout où Rôsel est en dissidence avec Trem- bley; il partage l'avis du premier 2 . Généralement, le dernier qui étudie un sujet y voit mieux et plus que ses prédécesseurs ; mais ici , Trembley a surpassé en exactitude ceux qui ont écrit longtemps après lui. Pallas, avant de publier son grand ouvrage , décrivit dans les Mémoires de V académie de Pétersbourg , un Polype fluviatile, trouvé dans le Kliazma, près de Vladimir. Le polypier prend, dit-il, des formes très-variées et se développe à la surface des Anodonles et des Paludines. 11 forme ordinairement des masses compactes; mais, Pallas le suppose dans le principe, ramifié et semblable à ceux que Rosel a trouvés atta- chés aux feuilles de plantes aquatiques. L'animal a environ 36 bras. Pallas le désigne, comme le faisaient les auteurs de cette époque, sous le nom de Tubularia fungosa Vil a vu les œufs de ces animaux, puisqu'il dit : Laceratis massis copiose in aquam enatant granula depressa , 1 Loeffling, Jbhand. der Schwed. Akadeinie. 1-4 Band, 1755, s. 122. 2 Letlermuller, Mikroskopische Gemiiths- und Jugenergôtzung ,• Nuernbeqj, 1761, 1 vol. in-4°; et Physikalisch-mikroskopische Zergliederung ; Nuernberg, 1764; 1 vol. in-fol. 3 L'un de nous, M. Van Beneden , a trouvé, cette année, au Muséum d'histoire naturelle devienne (Autriche), un morceau assez grand d'alcyonelle , étiqueté Tubularia fungosa Pal. , et qui provient de la collection de Pallas. 16 HISTOIRE NATURELLE ovalia, duriuscula, opaca , fusco-nigra. Le travail de ce célèbre natu- raliste est accompagné d'une planche qui représente le polypier adulte sous la forme d'un agaric. L'auteur représente aussi la partie antérieure de l'animal , mais d'une manière très-imparfaite. C'est , sans doute , l'alcyonelle que Pallas a observée. L'auteur dit avoir trouvé ce même Polype dans les fossés, près de Gôttingen et in lacu subsalso Ra- kaniensi prope Brillant Belgii 1 . Nous ferons observer que c'est ici que nous voyons l'alcyonelle, bien qu'encore confondue parmi les tubulaires, désignée pour la première fois sous un nom spécifique, relui de Tubularia fungosa. Or, ce nom spécifique donné par Pallas, est infiniment plus caractéristique que tous ceux qui l'ont suivi. Dans la description de son voyage ' , Pallas dit avoir vu sur des troncs d'arbres qui sont dans leau, beaucoup de Polypes à panache de l espèce commune , mais il n'en vit pas de ceux qu'il (rotiva, en descen- dant le Kliazma. Comme l'auteur ne donne ni figure, ni description de ces derniers, nous ne pouvons savoir à quel genre ils appartien- nent. Leendert Bomme a trouvé des Polypes fluviatiles dans l'île de Wal- cheren. Ils sont pourvus de 60 bras. Le courant est produit de même que chez les Polypes marins. Il signale des dents qui déterminent, par leur mouvement rapide , des courants réguliers qui entraînent les cor- puscules étrangers vers la bouche. Le même auteur a vu aussi le cou- rant qui monte d'un côté du bras et qui descend de l'autre 3 . Klee- raan dit, dans une note , pag. 401 , ces dents existent probablement aussi dans le Polype de Rosel, mais elles auront échappé à l'investi- gation du naturaliste de Nuremberg. Nous devons aussi considérer Leendert Bomme comme ayant le premier signalé l'existence des cils 1 Pallas , Descriptio Tabulante fungosœ , etc., Jul. 1768; Nov. comment, acad. scient, imper. Petropolitanœ , t. XII. 1768. 2 Voyage dans plusieurs provinces de Vempire de Russie, etc. ; trad. franc. , avec notes de La- marck , t. 1 , p. 26; et Pallas , Hist.natur. des zoophytes, trad. holland., Amsterdam, 1808. 3 Leendert Bomme , Bericht uegens een zonderling zee insect , etc., Zeewcsch genootscliap der IVetenschappen te Flissingen; in-8", Middelburg, 1769. DES POLYPES COMPOSES D'EAU DOUCE. 17 vibratils qui sont aujourd'hui reconnus jouer un si grand rôle dans l'économie animale. Ot. Fréd. Muller, dans son ouvrage sur les vers, fait aussi mention des polypiers composés d'eau douce, et les désigne sous le nom de Tu- hularia. Le Polype, figuré par Schœffer, est donné comme synonyme de son Tuhularia repens , qui provient du lac Bagsvord. L'auteur reconnaît avec Trembley un œsophage , un estomac et un intestin \ Dans la séance du 10 septembre 1 774 , le célèbre Blumenbach com- muniqua à la société royale des sciences de Gottingen, ses observa- tions sur un nouveau Polype d'eau douce , Tuhularia sultana , qu'il avait trouvé dans les fossés de la ville de Gottingen. Il est étonnant que ce Polype , si distinct des autres par ses 20 bras en entonnoir et non en fer à cheval , ait été confondu jusque dans ces derniers temps avec les alcyonelles et les plumatelles. La description que l'auteur en donne est courte, mais elle est exacte. Il en donne une figure dans son Manuel d'histoire naturelle 2 . Nous avons retrouvé ce Polype dans le canal de Bruxelles et dans la Dyle, près de Louvain , et M. Gervais l'a reconnu également à Plessis-Piquet , près de Paris. Il l'a désigné sous le nom de Fredericella. Ce polypier nous parait très-répandu et se retrouvera en beaucoup de lieux. Pallas, dans son Mémoire sur le Tubularia. fun- gosa, publié en 1768, dit avoir trouvé jadis le Tuhularia coralloïdes près de Gottingen. Serait-ce le même que l'animal décrit par Blu- menbach? Nous sommes portés à le croire. Schmiedel, dans ses Icônes plantarum 3 , a décrit et figuré, sous le nom de Spongia lacustris, le polypier de l'alcyonelle tel qu'on l'observe à l'automne lorsque les animaux sont détruits. Il dit n'y avoir pas re- connu les mouvements spontanés que l'on attribue à certaines éponges. Il en décrit et figure exactement les tubes et les œufs qui y sont logés. 1 Muller , Ot. Frid. , Vermium terrestr. et fluv hist., 2 vol. in-4° , 1773 (vol. 2 , pag. 16). 2 Gôtting. Magaz. ; 1 Jahrg., 4 st., 117 ; et Handbuch der Naturgeschichte; un vol. in-8° , Gottingen, 1779, traduction française, 1803; Metz, 2 vol. in-8°, traduction hollandaise, Leyden , 1«02. 3 Icônes plantarum et analysis partium ; fasc. III, tab. 61 et 62. 3 18 HISTOIRE NATURELLE Dans leurs systèmes du règne animal, Linné et Gmelin placent tous ces Polypes fluviatiles dans le genre Tubuluria '. Eichhorn publia , en 1781, des recherches sur les animaux infé- rieurs d'eau douce. Son mémoire est accompagné de huit planches ; la quatrième contient les alcyonelles ou plumatelles. Il croit avoir sous les yeux le même animal que Schœffer et Baker ont décrit , et il s'é- tonne de ne pas observer les mêmes choses que ces auteurs. Il ignore , dit-il , le mode d'accroissement et de reproduction , mais il a reconnu les cils vibratiis sur les tentacules 2 . Cavolini a décrit avec soin la circulation dans les Polypes de mer , et il compare le liquide de l'intérieur de l'animal au sang des animaux supérieurs. C'est lui aussi qui, le premier, a fait connaître, après Aris- tote , l'insertion si singulière de la vésicule ombilicale dans les mollus- ques céphalopodes 3 . Treviranus, dans son bel ouvrage sur les Phé- nomènes de la vie organique*, dit, pag. 235 : Cavolini beschreiht eine wirbelfœrmige Bewegung im lnnern der Sertularien , die er fur eine, dem Blulumlaufder hùhern Thiere àhnliche Ercheinung liait; et Grant 5 , dans ses Outlines of comparative anatomy : The circula- lion of the blood in many Zoophytes was carefully investigated and described by Cavolini fifty years since , especially in Sertulariae , Plumulariae , Campanulariae , Tubulariae , etc. Nous citons ces deux passages parce que nous n'avons pu nous procurer cet ouvrage de Cavolini. En 1789, dans Y Encyclopédie méthodique, Bruguière parle de l'alcyonelle sous le nom d'Alcyon fluvialile. Ce polypier lui avait été remis par M. Dantic, et provenait des eaux de la fontaine de Ba- gnoîet, aux environs de Paris. Quoique Bruguière l'ait nourri pendant quelques jours, il n'a rien observé relativement à l'ani- 1 Syst. nat.; 8835. 2 Eichhorn, Beitràge sur Nalurgeschichte der kleinsten tf^asserthiere , broch. in--4°. Berlin et Stettin, 1781 , avec 8 pi. 3 Cavolini, Memorie per servire alla stor. nat. dipol. mar. Naples, 1785. In-i°. 4 Treviranus , Erscheinungen und Gesetsedes org. Leb., l 8r vol. , pag. 235. 5 Grant, Outlines ofcomp. anat. 1835. DES POLYPES COMPOSES D'EAU DOUCE. 19 mal, et il ne le place dans le genre Alcyon qu'à cause de la res- semblance qu'il trouve entre le polypier desséché et les autres alcyons \ Nous voici parvenus à l'époque où les polypiers composés d'eau douce, jusqu'alors confondus soit avec les genres marins, soit entre eux, vont être étudiés sous le point de vue de leur classification , et former des eenres distincts. Et d'abord nous devons citer le célèbre G. Cuvier, qui, dans son Tableau élémentaire des animaux 2 , fait un genre distinct du Polype libre, découvert par Rôsel , et lui donne le nom de Crista- telle , qui lui est resté. Ce savant admet trois espèces de tubulaires d'eau douce, y compris l'espèce de Blumenbacb. On voit qu'il n'a parlé de ces animaux que d'après les auteurs. Il est étonnant que Cu- vier ait laissé le genre cristatelle près des vorticelles, même dans la seconde édition de son Rècjne animal , tout en reconnaissant qu'il pa- raît y avoir rapprochement entre elles et les plumatelles. Dans le Bulletin de la société philomafiqtie (an XII) , Vaucher dé- crivit deux espèces de tubulaires d'eau douce 3 ; mais sa description est peu complète , de sorte qu'il n'est pas facile de déterminer à quelle espèce elles se rapportent. Il est le premier qui ait vu la sortie des Polypes de l'œuf. La tubulaire que Vaucher désigne sous le nom de Lucifuge, a été trouvée par lui dans les eaux du Rhône. Ses tentacules sont au nombre de 25 à 32. Dans l'intérieur, on trouve des grains ar- rondis et aplatis. L'autre espèce, la tubulaire rampante, se trouvait sur les feuilles de nénuphar. Les grains trouvés dans l'intérieur sont fusiformes. Il est à remarquer que l'explication de la planche jointe au mémoire de Vaucher , présente une erreur manifeste en attribuant à la tubulaire lucifuge des œufs fusiformes, et à la tubulaire rampante des œufs arrondis , ce qui est précisément l'inverse des caractères as- 1 Bruguière , Encycl. met h. , Vers , pag. 24. 1789. 2 Cuvier, Tableau élémentaire de l'hist. nat. des animaux , 1 vol. in-8° , Paris, an VI , p. 656 ; et Règne animal, vol. 3, pag. 296. 1830. 3 Vaucher, Observations sur les Tubulaires d'eau douce, Bulletin de la soc. philo»., an XII (180.'0,n° 81 ,p. 157, pi. 19. 20 HISTOIRE NATURELLE signés par le naturaliste de Genève. Cette erreur est due sans doute au graveur , qui d'ailleurs paraît avoir été fort peu soigneux , puisqu'il a négligé de représenter les cils qui bordent les tentacules et que Vau- cher avait particulièrement désignés. Eu publiant le mémoire de Vaucher l , Bosc, qui déjà, dans son Histoire naturelle des vers , avait indiqué que les tubulaires d'eau douce devaient former un genre distinct, revint sur cette pensée , et, dans le même numéro des Bulletins de la société philomatique , il éta- blit , à la suite du mémoire de Vaucher , un genre auquel il ne donna aucun nom, et qu'il caractérisa comme suit : Polypier fixé à tige grêle, membraneux, souvent ramifié, terminé, ainsi que ses rameaux, par un Polype dont le corps peut entrer entièrement dans la tige , et dont la bouche est entourée d'un seul rang de tentacules ciliés. Ce nouveau genre avait pour type, d'après Bosc lui-même, les tubulaires ram- pantes et couchées, décrites par Vaucher , et c'était sur les caractères indiqués par le naturaliste de Genève qu'avait été établi ce nouveau genre qui depuis fut désigné par Lamarck sous le nom de Pluma- telle. Dans son Système des animaux sans vertèbres , Lamarck n'admet que le genre cristatelle , et il ne fait point mention des autres Polypes composés d'eau douce 2 . Mais, dans son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres , publiée en 1816, il donne le nom de Plumatelle au genre indiqué sans nom par Bosc pour les tubulaires d'eau douce de Vaucher, et il admet ainsi trois genres distincts, savoir : les crista- telles, les plumatelles et les alcyonelles 3 . Ce dernier lui avait été communiqué par Palissot de Beauvois, et Bruguière l'avait déjà décrit sous le nom d'Alcyon fluviatile. Lepechin fait aussi mention des Polypes à panache dans son Jour- nal de voyage, mais il ne nous apprend rien de nouveau. L'animal 1 Bosc j Histoire naturelle des vers, 3 vol. in-18, Paris, 1802; Bulletin de la soc. philom. , an XII , p. 158. 2 Syst. desanim. sans vertèbres, 1 vol. in-8°, Paris, 1801 , p. §83. 3 Nist. nat. des animaux sans vertèbres, Paris, 1815-22, tom.2,p. 95. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 21 qu'il décrit est , sans cloute , le même qu'il a vu avec Pallas ' . En 1810, Lamouroux présenta à l'académie des sciences un pre- mier mémoire sur les Polypes, et il publia, en 1816, son Histoire des polypiers corallicjènes flexibles. Dans cet ouvrage, comme dans celui plus étendu, qu'il publia en 1821 , il parle des Polypes composés d'eau douce; mais sans faire connaître aucun fait nouveau. Lamou- roux change le nom de Plumât 'elle , donné par Lamarck aux tubu- laires d'eau douce, en celui de Naïs, mais il n'a été suivi en cela par personne. Les motifs qu'il allègue pour justifier ce changement sont bien peu fondés. Il admet d'abord cinq espèces de nais, y compris la tubulaire sultane et le Polype à panache de Trembley. Sans avaii vu l'alcyon fluviatile de Bruguière, il pense qu'il est voisin de la tubulaire rampante 2 . Plus tard, dans son Exposition méthodique, il n'admet plus que deux espèces : Naïsa repens et Naïsa reptans 6 . Lamouroux a reconnu , le premier, l'affinité de ces Polypes avec les mollusques ascidiens. Je ne doute pas, dit-il dans sa préface (p. vu), que les animaux des polypiers ne soient des êtres aussi compliqués dans leur organisation que les mollusques ascidiens. Schweigger fait mention des Polypes d'eau douce dans son Histoire naturelle des animaux sans vertèbres et inarticulés; mais il ne nous apprend rien de neuf. L'auteur admet les trois genres, cristatelle, alcyonelle et plumatelle, d'après Lamarck. Ce qu'il dit du nombre des tentacules dans les deux derniers genres, nous fait supposer qu'il n'a point étudié ces animaux vivants 4 . Après des considérations gé- nérales très-importantes sur les Polypes et les polypiers, Schweigger consacre un paragraphe à l'éponge d'eau douce, et il fait connaître l'opinion singulière que Lichtenstein , père, aurait eue sur la nature de cette production. 1 Lepechin , Dagboek der Reyze door versclteide provincien van 't Russich Ryk , 1 deel , p. 16. 2 Lamouroux, Hist. des polypiers coralligcnes flexibles , etc., 1 vol. in-8° , Cacn , 1816. 3 Exposition méthodique des genres de l'ordre des polypiers , 1 vol. in— 4°, Paris, 1821. 4 Schweigger, Naturgeschichte der Skeletlosen nngegliederten Thiere ; in-8°, Leipzig, 1820; et Beobachtungen auf Naturhistorischen Reisen, in-8", Berlin, 1819. 22 HISTOIRE NATURELLE Lichtenstein fit part de ses observations à la société d'histoire na- turelle de Copenhague, en 1797, et sa note fut publiée en langue danoise '. C'est sans doute pour cette raison que l'on n'en connaît que ce que Lamarck en dit d'après un mot de M. Vahl 2 , célèbre bo- taniste de Copenhague. L'éponge fiuviatile ne serait autre chose que le polypier abandonné des tubulaires, et celui-ci pourrait don- ner naissance au genre cristatelle , et de là pourrait naître ensuite le Tubularia campanulata. L'accroissement des tubes et de leur réu- nion donnerait naissance au Tubularia alcyonides. Voigt, dans son Magasin 3 , ne rapporte pas tout à fait de la même nfanière l'opinion de Lichtenstein. Il sortirait des œufs {hôrnern) des éponges, le Tubularia sultana , qui se changerait en Tubularia campanulata , qui, eà son tour, donnerait naissance au Tubularia rep- tans , puis au Tubularia repens , en enfin au Tubularia alcyonides. Après la mort des individus, le polypier formerait la Spongia fluvia- tilis ou lacustris , et après la décomposition de la matière animale, on obtiendrait en dernier résultat la Spongia friabilis. M. Goldfuss, dans son Atlas d'histoire naturelle , représente l'ai— cyonelle , la plumatelle et la cristatelle ; mais ses figures ne sont que des copies. Dans le texte, nous ne voyons rien qui doive être signalé, si ce n'est peut-être que M. Goldfuss paraît se rapporter entièrement à Rôsel et reproduit ses erreurs *. L'abbé Ranzani a publié des observations sur le mémoire de Lich- tenstein, mais nous n'avons pu nous procurer ce travail 5 . MM. Raspail et Robineau ont présenté ensemble à l'académie des sciences un premier travail sur les alcyonelles. D'après le rapport, inséré dans YHistoire des progrès des sciences naturelles 6 , cette pre- 1 Skrirter of Naturhistorie-Selskabet ; Kiobenhavn, 1797, p. 10-4. 2 Lamarck , Anim. sans vertèbres. 3 Voigt's Magazin fiir das Nenesle ans der Physik, XI , Stuk. 2 , p. 17. 4 Goldfuss , Naturhist. Atlas , 1826 (Atlas, vol. 1 , pi. 25 , et vol. 2 , pi. 118); Handbuch der Zoologie, vol. I , p. 87. 5 Osservazioni sopra una memoria del Sign. Doit. Lichtenstein , sopra i Polipi di acqua dolce. 6 Cuvier , Hist. des progrès des se. nat. , 1. 2 , p. 895 (éd. Brux.). DES POLYPES COMPOSES D'EAU DOUCE. 23 mière communication était toute différente du mémoire que M. Ras- pail a publié plus tard sur ce sujet. C'est ce dernier que nous allons analyser ' . M. Raspail croit que tous les Polypes composés d'eau douce ne for- ment qu'une seule et même espèce , et que le Polype à panache de Trembley, le' Polype Bell-flower de Baker, la tubulaire rampante (plumatelle), la Leticophra , la cristatelle et même la difflugie, ne sont que des variétés d'âge de i'alcyonelle. Comme on voit, M. Ras- pail suit de près Lichtenstein. Il est fâcheux que l'auteur de cet inté- ressant mémoire se soit tant pressé dans ses conclusions. Si l'un des genres, autres que I'alcyonelle, lui était tombé sous la main, il se serait facilement convaincu que non-seulement le polypier diffère pendant toute la vie, mais que l'animal lui-même présente d'un genre à l'autre des caractères tellement tranchés qu'il est impos- sible de le confondre avec ses voisins et qu'ils forment même des tribus distinctes. M. Raspail avoue avoir cherché inutilement ce que Trembley a fi- guré et décrit comme l'estomac. La cause en est simple : Trembley a étudié un Polype à polypier transparent, tandis que celui de M. Ras- pail est toujours opaque. Il est à remarquer cependant que M. Raspail reconnaît l'exactitude des observations de Trembley , puisqu'il dit , (pag. 1 2j : que cet auteur , qui a le premier décrit le Polype, est aussi celui qui la le mieux décrit , et que ceux qui Pont suivi dans la car- rière , ri ont fait qu'ajouter des erreurs à son travail, et que défigurer les excellentes observations de cet habile naturaliste. Il n'y a en effet aucune observation de Trembley à reléguer. M. Raspail a observé la sortie des fèces, et par là il a reconnu, le premier, la situation de l'anus. C'est lui aussi qui, le premier, a reconnu la nature des aliments de ces animaux par l'examen des fèces. M. Raspail reconnaît 44 tentacules dans I'alcyonelle, et comme 1 Raspail, Histoire naturelle de I'alcyonelle fluviatile, Mém. de la soc. d'his-t. natdr. de Paris, tom. IV. 24 HISTOIRE NATURELLE Trembley en admet 60 et Bakker seulement 40, il croit devoir attri- buer cette différence à une faute typographique , sans se douter qu'ils ont eu sous les yeux un animal tout différent du sien. Il nous semble que M. Raspail prétend à tort que les tentacules sont contractiles comme ceux des hydres. Les bras des polypiers composés se raccourcissent bien un peu , mais il y a loin de là à la contraction des bras des hydres. Un point important que M. Raspail traite dans son Mémoire, est re- latif à la nature du polypier. Cuvier, Lamarck et M. de Blainville consi- déraient tout polypier comme une partie sécrétée, et M. Raspail soute- nait au contraire , et avec raison , que le polypier croît avec le Polype , et qu'ils sont composés de la même manière. Il défend avec raison Trembley contre l'erreur de Rosel, qui avait prévalu dans la science. Ainsi que l'un de nous l'a déjà fait remarquer , M. Raspail a eu tort de regarder les fils , qui servent, selon Trembley, à retirer le Polype dans sa cellule , comme des replis extérieurs de la peau ; ce sont de véritables muscles rétracteurs. M. Raspail décrit et figure avec beaucoup de soin les œufs des al- cyonelles , mais il n'est point dans le vrai quand il leur attribue un bile. Il n'y a pas plus de hile dans l'œuf de l'alcyonelle que dans celui des oiseaux. A l'article Alcyonelle , nous verrons ce qui a donné lieu à cette méprise. Réaumur et R. de Jussieu, Bakker, Schœffer, Vau- cher et Pallas, ont connu les œufs de ces Polypes et les ont décrits longtemps avant M. Raspail. Par simple conjecture , M. Raspail était bien près de la vérité en supposant un organe mâle près de l'organe femelle. S'il s'était servi d'un plus fort grossissement, il n'aurait sans doute pas tardé à re- connaître que ses conjectures sur le sexe de ces animaux étaient fondées. M. Raspail a enrichi l'histoire des alcyonelles de plusieurs obser- vations anatomiques et physiologiques , et si son travail a laissé à désirer sous divers rapports, il faut l'attribuer aux nombreuses difficultés que l'on rencontre à chaque pas dans cette étude et à son DES POLYPES COMPOSES D'EAU DOUCE. 2o goût un peu trop prononcé à généraliser avant d'avoir observé un nom- bre suffisant de faits. Ceux qui écrivent en dernier lieu , profitent aussi bien des fautes que des observations de leurs prédécesseurs. Sans doute M. Raspail a commis plusieurs erreurs graves que l'un de nous a re- dressées , mais en plusieurs points il a avancé nos connaissances , et en fixant l'attention sur ces curieux animaux, il a rendu un service réel à la science. Meyen a donné dans VI sis ' deux notes différentes sur les Polypes composés d'eau douce : l'une est de 1828 et l'autre de 1830. Dans la première, il règne une grande confusion et il est présumable que l'auteur a étudié simultanément diverses espèces de Polypes qu'il aura confondues. Ce qu'il dit du polypier se rapporte à l'alcyonelle, mais il ne donne à l'animal que 20 ou 30 tentacules, et il ajoute qu'ils sont disposés en entonnoir. Meyen aura examiné un polypier d'al- cyonelle, entrelacé de frédericelles, comme on le trouve quelquefois. Une observation importante du même auteur est celle des embryons mobiles , qu'il décrit et figure exactement. Les œufs , dit Meyen , na- gent librement à la faveur des cils dont ils sont couverts. Chaque œuf contient deux individus. Pendant la natation, cet œuf s'allonge et se raccourcit, et la membrane externe s'ouvre au devant de chaque em- bryon pour lui livrer passage. Les embryons continuent à se déve- lopper, et l'enveloppe externe de l'œuf devient le point de départ du polypier; en quelques heures toute une évolution embryonnaire a lieu. Meyen croit que ces œufs ont été désignés par Ot. Fr. Muller sous le nom de Leucophra heteroclita , ce qui confirmerait le rapprochement fait antérieurement par M. Raspail. J'ignore, dit-il, à quoi servent les corps arrondis , de couleur brune (les œufs véritables) , qui pendent à l'estomac. Les embryons sortent des œufs mobiles que nous avons vus couverts de cils : donc, ajoute-t-il, ces corps bruns ne peuvent pas être des œufs, comme on le pense généralement. L'opinion de Meyen est ici erronée; nous avons reconnu positivement que les Polypes com- 1 Meyen, N aturgeschichte der Polypen; his , 1823, p. 1225, et Isis , 1830. .26 HISTOIRE NATURELLE posés se reproduisent et par embryons nus et par des œufs véritables. Meyen croit que c'est Baker qui a vu, le premier, les œufs, dits mobiles (tab. XII, fig. 27). Il pense que la Tubularia sultana n'est qu'une difflugie. Il a vu des cristatelles à Postdam. En 1834 , après son voyage ', Meyen crut pouvoir s'appuyer sur une observation de Nordmann, qui est, sans aucun doute, erronée. Le pro- fesseur d'Odessa pensait avoir vu sortir de petits crustacés des œufs de Polypes; Meyen fut conduit par là à regarder les œufs pour des germes de parasites. Les cristatelles, ajoute-t-il, sont pourvus de sem- blables parasites, mais ils sont pourvus à l'extérieur de crochets in- fundibuliformes. Le fait est, comme l'un de nous l'a fait connaître, que les embryons nus servent à établir de nouvelles colonies en été, pendant que les vé- ritables œufs, pourvus de coques, conservent l'espèce pendant l'hiver. Heyden a publié dans Ylsis de la même année 1828 , une note sur la circulation dans la Plumatella cristata '. M. Ehrenberg, dans ses Symbolœ physicœ % fait mention d'un po- lypier d'eau douce des environs de Berlin , qu'il nomme Alcyonella articulata. C'est en effet un Polype nouveau pour la science. Nous sommes étonnés que le célèbre naturaliste de Berlin en ait fait une alcyonelle , car il diffère de ces derniers par le polypier comme par l'animal , et à aucune époque de la vie il ne présente la moindre ana- logie avec les alcyonelles. M. Gervais, qui a trouvé ce même Polype dans les environs de Paris, en a fait, avec raison, un genre distinct sous le nom de Pahidicella. En 1836, M. Ehrenberg a publié ses belles recherches sur les hydres \ M. Carus paraît avoir observé aussi les alcyonelles 5 . Il reconnaît 1 Meyen, Beiseum die Erde. Zoologischer Bericht , p. 293; et JVov. Act.acad. Cœs. Leop. . vol. XVI, suppl.,p. 177. 183-4; Meyen, Bulletin des se. nat. , XVIII , SIS. 2 Heyden, Isis , 1828, p. S05. 3 Ehrenbrg, Symbolœ Physicœ evertebrata , dec. I Pohjpi, fol. a. 4 Abhand. der Akad. der JVissenschaft . zu Berlin, 1836, p. 109. 5 Carus, s/nat.compar. , vol. II, p. 301 , et Tabulée illustrantes, cah. III . p. 8. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 27 une circulation dans l'animal , qu'il nomme Plumatella calcarea ; il considère le liquide intérieur comme étant de l'eau du dehors ren- trée dans la cavité interne. Le mémoire de M. Raspail avait été remarqué à Paris, mais tout le monde ne fut pas convaincu de l'exactitude de ses observations; aussi M. de Blainville, dans son Manuel, conserva-t-il les genres plu- matelle , alcyonelle et cristatelle avec leur synonymie , en les réunis- sant dans une classe à part , sous le nom de Polypiers douteux. En agissant de la sorte, M. de Blainville a eu surtout égard à la disposi- tion des tentacules en fer à cheval, qui ne se trouve dans aucun Polype marin '. Dans le Dictionnaire des scienc. nat., M. cle Blainville a écrit les articles Cristatelle et Plumatelle ; nous n'y voyons rien de nouveau à signaler. Dans les nouvelles éditions et corrections de son Manuel, M. de Blainville parle des embryons mobiles découverts par Meyen. Le célèbre naturaliste du Jardin des plantes ne pouvait croire que ces animaux, pourvus de véritables œufs, comme l'avaient déjà montré Bernard de Jussieu , MM. Vaucher et Raspail, eussent encore une seconde sorte d'œufs pour la reproduction , ou plutôt que les œufs se présentassent sous deux formes différentes. L'un de nous, M. Dumortier, a retrouvé le Polype à panache de Trembley, et, a publié en 1835, dans les Bulletins de V académie de Bruxelles, un Mémoire sur Vanatomie et la physiologie des Polypes composés d'eau douce. Il désigne le Polype de Trembley sous le nom de Lophopus , et lui assigne des caractères génériques. N'ayant pas employé un grossissement assez fort, les cils vibratils n'ont été aperçus que par l'effet qu'ils produisent dans l'eau. Le système nerveux est décrit pour la première fois, et les observations ultérieures ont con- firmé cette découverte ; aucun anatomiste n'avait encore soupçonné l'existence de ce système chez des animaux placés si bas dans l'échelle animale. Les différents systèmes, cutané, circulatoire, respiratoire, manducatoire , digestif, musculaire et reproducteur, sont décrits avec 1 De Blainville , Manuel d'actinologie , 1. vol. in-8°. Paris, 1838. 28 HISTOIRE NATURELLE détail dans autant de chapitres différents \ Ayant étudié un Polype transparent, l'auteur a pu redresser les erreurs nombreuses de Roesel et de Raspail. Il expose qu'il y a trois modes de reproduction dans ces Polypes : le premier a lieu par bourgeons; le second par embryons mobiles ou par œufs, suivant la saison, et le troisième par propagules. Dans le Bulletin zoologique , M. Gervais 2 analysant le travail de M. Dumortier, principalement sous le point de vue zoologique, émit, à l'exemple de M. Raspail, l'opinion erronée que le Polype à panache de Trembîey n'était que l'Alcyonelle ordinaire. M. Dumortier a prouvé, dans sa seconde édition , que le reproche que M. Gervais lui avait adressé sur l'analogie de ses observations sur plusieurs systèmes orga- niques et celles de M. Raspail, était loin d'être fondé, et que souvent iî arrive à des résultats tout opposés à ceux que M. Raspail annonçait. M. Gervais, continuant ses observations 3 , a été assez heureux de trouver, en 1836, des œufs d'un Polype différent de T/Ucyonelle, au milieu de conferves provenant du canal de l'Ourcq , dans l'intérieur même de Paris. Ces œufs si remarquables par leurs épines furent com- muniqués à M. Turpin , chez lequel l'éclosion a eu lieu le même jour que chez M. Gervais. L'aide-naturaliste du jardin des plantes avait déjà reconnu qu'ils provenaient de la cristatelle de Cuvier avant que M. Turpin se doutât de leur origine animale. Ses intéressantes obser- vations sur ces œufs , sur leur mode d'éclosion et les principaux or- ganes que l'on aperçoit déjà à cette époque , ont été insérées dans les Annales des sciences naturelles. En 1839, M. Gervais a résumé, dans les Annales françaises et étran- gères danatomie, ses recherches sur les différents genres de Polypes 1 Dumortier, Recherches sur l'anatomie et la physiologie des Polypes composés d'eau douce (Bul- letins de l'acad. de brux., 1835); Mémoire sur l'anatomie et la Physiologie des Polypes composés d'eau douce , in-8°. Tournay , 1836. 2 Bulletin zoologique, 2° secl. , p. 123, 1835. 3 Comptes rendus de l'académie des sciences , 1836 , 2° semestre , ,p. 797 ; Annales des sciences natur. , vol. VII , p. "ih , 1837 ; Annales françaises et étrangères d'anatomie , etc. , 1839 ; Société philomatique , séance du 30 novembre 1839; Institut, p. -435 ; Dictionnaire des scienc. naturelles, supplément, t. I, 1840, art. Alcyonelle. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 29 composés d'eau douce. Après une courte notice historique, l'auteur divise ces Polypes en deux sous-classes, comme il l'avait déjà fait anté- rieurement. Dans la première , il place les Polypes à panache disposé en fer à cheval, et dans la seconde, il comprend ceux qui ont le panache en entonnoir. Cette dernière renferme les Polypes marins à tube digestif complet. Il admet en tout cinq genres de Polypes d'eau douce, et il en donne la synonymie. Mais cette partie exige encore de nombreuses recherches avant d'être définitivement fixée. Pour la première fois, la tubulaire sultane de Blumenhach y prend sa véritable place. Ce travail est, sous le rapport zoologique, le plus important que la science possède. Dès 1836, M. Gervais a fait avec raison un genre distinct pour V Alcyonella articulata , qu'il venait de découvrir près de Paris , et plus tard , il a érigé en genre , avec non moins de raison, la tubulaire sultane. Le premier forme le type de son genre Paludicella , et le se- cond du genre Fredericella. Enfin , dans le supplément du Dictionnaire des sciences naturelles qui vient de paraître , M. Gervais , à l'article Alcyonelle , résume l'his- toire de ces animaux. Il y fait connaître aussi la disposition si remar- quable des muscles qui se rendent aux tentacules. L'auteur paraît croire encore à la possibilité de rapporter les lophopodes aux plu- matellesou aux alcyonelles, dont ils sont cependant bien éloignés. M. ïurpin , à qui M. Gervais avait, comme nous l'avons vu , remis quelques œufs de cristatelle , a consigné ses observations sur ces ani- maux dans les Annales des sciences naturelles ' . La description que le célèbre botaniste donne de cet œuf a été corrigée par M. Gervais. M. Turpin se demande quelle pouvait être la malheureuse mère condamnée à contenir et surtout à pondre des œufs aussi horrible- ment hérissés de crochets? Quelque temps après l'éclosion, M. Tur- pin a vu des corps arrondis dans le voisinage du polypier , qu'il a considérés à tort pour des œufs. Ce sont les fèces que ces animaux ainsi que les genres voisins, rendent sous cette forme. ' Turpin , Étude microscopique de la Cristatella mucedo. (A.kna.1. des se. naturelles . 2 e série , t. VII, p. 63.) 30 HISTOIRE NATURELLE M. Graham Dalyell ', clans un mémoire sur la propagation des Po- lypes de l'Ecosse, parle d'un Polype d'eau douce extrêmement remar- quable, et que l'auteur nomme Cristatella mirabilis. Le polypier en est mou et de couleur verte ; les tentacules sont placés en fer à cheval et au nombre de cent. Le polypier porte jusqu'à trois cents individus, et M. Dalyell y a vu de 20 à 30 œufs pourvus de crochets disposés avec régularité. Dans son History of the british zoophytes ' , M. Johnston énumère les Polypes composés d'eau douce, qu'il divise en trois genres : Cris- tatella, Alcyonella et Plumatella. L'auteur croit que la Cristatelle de M. Dalyell se rapporte à la Cristatella mucedo , et il reproduit la plan- che de M. Turpin. Les principales figures de M. Raspail y sont égale- ment reproduites. Partageant l'erreur de M. Raspail, M. Johnston considère le Polype à panache de Trembley comme une variété de l'alcyonelle des étangs , et il rapporte la tubulaire sultane au genre Plumatella. On voit qu'il s'est contenté de compulser les auteurs qui ont écrit sur ce sujet, et avec de tels matériaux, il est impossible de n'avoir pas souvent été induit en erreur. M. Teale fait aussi mention des alcyonelles i , mais il ne fait rien connaître de nouveau. Notre savant compatriote M. Milne Edwars a publié plusieurs beaux travaux 4 sur les Polypes marins, et ses recherches ont puissamment contribué à l'avancement de l'histoire naturelle des Polypes en géné- ral. Le savant professeur a fait un rapport intéressant sur un Mémoire de M. Gervais 5 : il suppose que les œufs des plumatelles sont armés 1 Janieson, New Edimb. phil. Journal, vol. XVII , p. 411 ; vol. XXI des Notices de Froriep. Journal l'I institut , mars 1 835 ; et archives de TViegmann , vol. 1" . 1 835 ; Bep. Brit. associât., an 1884, 604. 2 Johnston , British Zoophytes , 1 vol. in-8°. Edinburgh , 1 838 ; et In Jard. Mag. of Zool. and Botany. 3 Teale, Jard. Magaz. , I , III , p. 293. ' Milne Edwars , Mém. sur les Alcyonides (Annal, des se. nat.. 1835); Milne Edwars. Bech. it. . phys. et zool. sur les Escharres, idem, 1836; Milne Edwars, Sur les Polypes du genre Tubulipore, idem , 1837 ; Milne Edwars , Sur la nat. et le mode de croiss. des Fol. , idem, 1838. 5 Annal. des se. nat., t. XI, p. 179, 2 P série. 1839. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 31 de crochets comme ceux des cristatelles (pag. 182), et il propose à l'académie d'engager M. Gervais à poursuivre ses recherches sous le double point de vue de l'anatomie et de la physiologie de ces animaux. Les recherches de MM. Faire et de Lister ' ont pour objet l'ana- tomie et la physiologie des Polypes marins. Le dernier auteur s'est occupé surtout du mouvement du liquide dans l'intérieur du polypier chez les tubulaires et les sertulaires. Dans ses Mikrographische Beitrage 2 , M. Nordmann cite, dans une note, VAlcyonella diaphana, au sujet du mouvement circulatoire qu'il a observé dans les polypiers, et il le compare à la circulation des char a. Nous avons trouvé la cause de ce mouvement dans les cils si- tués entre la peau du polypier et le canal digestif. Depuis, l'auteur a étudié la plumatelle des environs de Paris , et ses observations sont destinées à paraître dans la Faune politique, avec son intéressant travail sur le Tendra zostericola. C'est dans ce dernier Polype que l'auteur a signalé, pour la première fois, la présence des zoos- permes , découverte importante pour l'histoire des animaux qui nous occupent. M. C. T. von Siebold a reconnu dans les œufs de VAlcyonella cam- panulata, une vésicule de Purkinje , avec une double tache germina- tive; ils étaient entourés de spermatozoaires 3 . Le Polype qu'il a étudié provient des fossés de la ville de Dantzig, où Eichhorn l'avait signalé 70 ans auparavant , et où se trouvent en même temps VAl- cyonella stagnarum (Lamk.), la Cristatella mirabilis (Dalyell) et le Spongilla palustris. Dans l'intention de prendre date de ses observations, l'un de nous, M. Van Beneden, a communiqué à l'académie de Bruxelles quelques 1 Faire Arth. Observations en the minute Structure of Someof the higher forms of Polypi (Pnaos. transact. , 1837); Lister, Philosophical transact., 1834; London and Edimb. Philoa. Magaz., 1834; Froriep. Notizen , 40, s. 289; Journal l'Institut, n° 76. - Mikrog. Beitr. Berlin, 1832, t. II, p. 75 ; et Wiegman's Handbuch der Zoologie, 1 vol. in-8<\ Berlin ; Bêcher, microscop. surVanat. et le développement du Tendra Zostericola ( lues à l'acad. de-, scienc., le 11 mars 1839);Awnai. dessc.nat., t. XI, p. 185, 2 e série; et Comptes rendus. n°10. mars 1839. 3 Beitrage zur Naturgeschichte der wirbellosen Thiere , in-4°, Danzig , 1839, p. 7. 32 HISTOIRE NATURELLE observations anatomiques sur les animaux qui nous occupent ' . Il avait reconnu des zoospermes chez quelques individus du genre alcyo- nelle. Il a signalé l'existence des cils vibratils dans la cavité abdomi- nale, lesquels déterminent le mouvement du liquide intérieur; ces cils vibratils remplacent ici le cœur pour opérer le mouvement du fluide nourricier. M. Milne Edwars a reconnu , plus tard , les cils vibratils comme cause déterminante du mouvement du sang dans les beroès, où ils sont situés à la face interne des vaisseaux 2 . Il dit dans sa lettre, datée de Nice et adressée à l'académie des sciences de Paris, que c'est un mode de circulation dont on n'avait pas encore d'exemple. Dans cette note, M. Van Beneden a fait aussi mention chez les al- cyonelles, des embryons mobiles que MM. Meyen et Dumortier avaient déjà signalés dans d'autres genres. Dans le courant de la même année, il avait trouvé , dans les environs de Louvain , les pahidicelles et les frédericelles, et il a signalé les changements de forme que présente le polypier de l'alcyonelle, selon l'âge et selon les corps sur lesquels il s'étend. M. Goste présenta, en avril 1841, à l'académie des sciences de Paris, sous le titre de Propositions sur l 'organisation des Polypes 3 , le ré- sultat de ses recherches sur ces animaux. Ces propositions sont faites avec une grande lucidité. Elles ont pour objet les appareils muscu- laire, digestif, reproductif et le système nerveux. Dans l'appareil di- gestif, M. Coste n'admet que trois cavités ; mais il nous semble que la portion du tube dans laquelle les aliments s'accumulent d'abord pour former le bel alimentaire , représente bien une cavité buccale dis- tincte, ce qui élève le nombre des compartiments à quatre. Il est à regretter que l'auteur ne cite point les genres dans lesquels il a observé ces différents appareils; car, comme il le remarque lui- même, il y a entre eux des différences assez notables. 1 Bulletins de l'acad. de Bruxelles , t. VI , 2 e part. . p. 276 ; Annal, des scierie, nat. , 2 e série , t. XIV; Journal l'Institut, n° 331 , 30 avril !840. 2 Journal l'Institut , n° 82-4 , 12 mars 18-40. 3 Comptes rendus , etc. , n° 17 , 26 avril 18-41. DES POLYPES COMPOSES DEAU DOUCE. 33 Pour compléter cet exposé historique, nous ajouterons que les hydres ont été étudiées encore par MM. Vander Hoeven ' , Corda 2 , Laurent 3 et Erdl*. Après avoir présenté, d'une manière aussi complète qu'il nous a été possible, un exposé historique de tous les travaux relatifs aux Polypes composés d'eau douée , nous allons maintenant étudier les différents genres et chercher à rapprocher les espèces qui sont sulli- samment caractérisées. 1 Vander Hoeven , Bgdragen tôt de Natuurhjke TVetenschappen , l. Il , p. 551 . 1827. 2 Corda, Anatome Hijdrœ fuscœ , Actaacad. Cœs. Leop. Carol. nat. cur. , vol. XVIII; els/nn. des sciences nat. , vol. 8 , 2 e série. 3 Laurent, Journal l'Institut, n° 392, 1841; Comptes-rendus, etc., n° 25, 21 juin 18-il , et n° 22, 31 mai 1841. 4 Ueber die Organisation der Fangarme der Polypen ; Arciiiv. de Muli.ek , 184 , u. 422. HISTOIRE NATURELLE DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE, PAR MM. DUMORTIER et VAN RENEDEN. II e PARTIE. DESCRIPTIONS. { SKANCB DU 9 MAI 1848. ! Mémoire servant de complément au lome XVI des Mémoires de l'Académie royali des sciences et belles-lettres de Bruxelles. VWWVWWVVVWVVVWVWVVVVVVVVVVVVVWWWVVVVVVVVVVVVVWVWWWVVVVVWVVWVWVVVXiVVVVVWWVVVVVW HISTOIRE NATURELLE DES POLYPES COMPOSÉS DE1U DOUCE. DESCRIPTIONS SPECIALES. CHAPITRE IL ANATOMIE, PHYSIOLOGIE ET EMBRYOGÉNIE DES GENRES. § I. GENRE PALUD1CELLA. GERVAIS. Le polype qui forme le genre qui nous occupe avait échappé jusque dans ces dernières années aux recherches des naturalistes. Il a été trouvé dans les environs de Berlin, de Paris, de Bruxelles et de Louvain, ce qui nous fait supposer qu'il est répandu dans une grande partie de l'Europe, et qu'on ne tardera pas de le signaler dans plusieurs nouvelles localités. M. Ehrenberg paraît être le premier qui ait connu l'animal dont nous nous occupons ; il le désigne sous le nom (ÏAlcijonclla articulata. Le savant zoologiste allemand l'a découvert dans les environs de Berlin, et en a fait 58 HISTOIRE NATURELLE mention dans ses Symbolae pltysicae '. Il est étonnant que M. Ehrenberg ait fait une alcyonelle de ce polype, puisqu'il diffère sous tous les rapports de ce genre : il n'a de commun avec les alcyonelles que de vivre dans l'eau douce. Quelques années après, en 1856, M. Paul Gervais découvrit le polype de M. Ehrenberg dans l'étang du Plessis-Piquet, près de Paris, parmi des alcyonelles. Ce savant reconnut, d'après les caractères extérieurs, que l'alcyonelle articulée devait former le type d'un nouveau genre, auquel il donna le nom de Paludicelle -. M. Wiegmann fait aussi mention de ce polype 3 , et M. Nordmann i cite YAlctjonella diaphana à propos de la circulation qu'il y a observée et qu'il compare à celle du chara. Nous verrons à la fin de ce travail que l'espèce de Nordmann est probablement la même que YAlcyonclla arûculata d'Eh- renberg. Par ses caractères, et surtout par l'articulation de ses rameaux qui fait que chaque polype présente une loge distincte, le polypier qui nous occupe forme un genre totalement distinct des autres polypiers d'eau douce. Nous admettons pour lui le genre Paludicelle formé par M. Ger- vais; mais nous ne pouvons accueillir pour désignation spécifique le nom d'articulé, puisque ce nom se rapporte au caractère générique de l'animal et qu'il doit être commun à tout le genre. Nous avons donc cru devoir le désigner sous une autre dénomination, et nous l'avons dédié, sous le nom de Paludicella Elirenbergii , à M. Ehrenberg qui l'a décrit le premier. Nous exposerons d'abord les caractères du genre Paludicelle et les rap- ports qu'il présente avec les genres voisins. Nous donnerons ensuite l'ana- tomie physiologique, et nous terminerons la description de ce genre par le développement du bourgeon. 1 Ehrenberg, Symbolae physicae, everlebratae , dee. I Pol., fol. a. 4 Comptes-rendus , 1856, 2 e série, et Annales fr. et élr. d'anat. Paris, 1839; Ann. se. nul.. 2 e série, vol. VII. s Wiegmann, Handbuch der Zoologie. Berlin, 1832, pag. 598. * Nordmann, Mikr. Beitrâge. Berlin, 1852, vol. H, pag. 75. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 39 CARACTERES DU GENRE PALLDICELLE. L'animal est pourvu d'un canal digestif complet; les branchiules ', au nombre de 16 à 18, sont toutes d'une égale longueur et disposées en en- tonnoir sans diaphragme à leur base. La bouche est dépourvue de lèvres. Le polypier est rameux , articulé et divisé dans sa longueur en autant de loges qu'il y a de polypes , au moyen de cloisons placées transversale- ment dans la partie la plus rétrécie , en sorte que chaque individu est isolé et qu'il ne s'établit pas de circulation commune. Le tube polypiaire est gonilé de dislance en distance, et contient, dans chaque renflement, un ani- mal qui sort à côté de l'extrémité de la loge. Le polypier formé ainsi de loges cornées placées bout a bout, est ramifié en di- ou trichotomie; sa consistance est pergamentacée ; dans son jeune âge, le polype est blanc, transparent; il est d'un jaune ferrugineux dans l'état adulte. Nous n'avons pas observé d'embryons libres et flottants comme dans les genres voisins; mais, «à l'approche de l'hiver, il se développe une sorte de bourgeon déprimé, pointu, couvert d'une enveloppe cornée analogue aux œufs des autres genres. Le genre Paludicella diffère ainsi des autres polypes d'eau douce par des caractères importants tirés de l'animal et du polypier. Il a de commun avec le genre Fredericella la disposition des branchiules en entonnoir, mais il est articulé, et ses organes sont dépourvus de cette membrane si caractéristique des Fredericella et qui unit les branchiules à leur base. En outre, dans ces derniers, la bouche est pourvue, d'un côté, d'un prolongement en forme de lèvre qui manque tout à fait dans les paludi- celles. Notre genre diffère beaucoup plus encore des autres polypes d'eau douce par la forme de fer à cheval que présente leur couronne branchiale. Les alcyonelles et les Lophopus abandonnent la forme radiaire pour se 1 Plus loin , pag. 1 2 , nous donnons les raisons pour lesquelles nous nous servons du mot bran- chiales au lieu de tentacules. 40 HISTOIRE NATURELLE rapprocher des animaux symétriques. Les frédéricelles font le passage entre ces derniers et le genre qui fait le sujet de ce travail. Le polypier des paludicelles présente des caractères au moins aussi tranchés; il se compose de plusieurs loges ou cellules placées bout à bout et dans chacune desquelles se tient un polype, en sorte qu'il n'y a aucune communication entre les différents animaux. Chaque individu vit ainsi pour son propre compte, ce qui est l'inverse des autres polypes d'eau douce. En traitant la question zoologique, nous examinerons les rapports qu'ils présentent avec des polypes marins. ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE. Lorsqu'on examine au microscope une jeune tige de paludicelle, on aperçoit distinctement à travers sa peau diaphane toutes les parties de l'animal, et même les matières contenues dans son canal intestinal. Nous pouvons donc en décrire les différents organes avec autant ou même avec plus de certitude, que si l'animal était assez grand pour être disséqué au scalpel. Nous pourrons ainsi observer par quel moyen il sort de sa cellule; comment il y rentre, et quels sont les changements qui se passent dans l'intérieur; en un mot, étudier les lois physiologiques qui président à son existence; mais avant de commencer la description des différents organes dont ils se composent, nous ne pouvons nous empêcher de faire remar- quer que ces petits animaux conservent dans la disposition des principaux organes les mêmes rapports que les animaux supérieurs. Dans ces derniers, le corps de l'animal peut se réduire à une peau disposée en cylindre qui se replie en dedans aux deux extrémités , de manière à présenter l'image d'un manchon. Sur le trajet de la peau interne se développent différents organes pour la conservation de l'individu et de l'espèce; entre la peau externe et l'interne sont situés les principaux organes de la vie de relation: le système nerveux, le squelette, les muscles et l'appareil circulatoire. Dans ces polypes nous apercevons une distribution analogue. L'animal est formé de deux peaux distinctes, l'une extérieure et l'autre intérieure, et DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 41 c'est entre les deux peaux , dans un espace rempli de liquide , que nous voyons se développer les muscles, les nerfs, quand ils en ont, ainsi que l'appareil circulatoire. Tous les autres organes sont des dépendances de l'une ou de l'autre peau. Ce rapport nous avait échappé dans l'étude des individus adultes; mais en étudiant le développement, nous avons remar- qué, comme nous le verrons plus loin en détail, que le jeune individu ne consiste d'abord qu'en une membrane mince, formant une paroi autour d'un liquide, dans laquelle se développe une seconde membrane qui con- stituera le tube digestif. Système cutané. Nous avons dit que, dans le genre qui nous occupe, le polypier se com- pose d'une série de loges cornées placées bout à bout, chacune desquelles renfermant un polype distinct. Il importe de ne pas confondre cette loge cornée avec la peau véritable de l'animal, ce que l'on ne manquerait pas de faire sans une observation attentive. La peau extérieure que nous n'a- vons vue entièrement distincte que dans les jeunes individus , part de la base des tentacules et forme autour de ceux-ci une gaine pendant la ren- trée de l'animal. Cette peau, arrivée à l'ouverture de la loge, suit ses parois internes et tapisse tout son intérieur. Mais si l'on voulait considé- rer le polypier corné comme étant l'épidémie, l'organe que nous venons d'indiquer devrait, dans ce cas, être considéré comme le derme. Nous croyons en effet devoir suivre cette détermination, parce que les polypes rentrent par là dans la forme animale commune. Ce ne sont plus des animaux à part qu'il faut considérer comme formant un type particulier, c'est le type général soumis à une modification nouvelle. Nous pouvons donc considérer la peau comme formée par le derme et l'épiderme ; ces deux couches conservent leur flexibilité dans la portion qui s'étend de la base des tentacules à l'ouverture du polypier. Le derme et l'épiderme sont tous les deux également transparents dans cet endroit. L'épiderme se durcit ensuite, devient insensiblement plus opaque; il s'é- 42 HISTOIRE NATURELLE paissit avec l'âge, devient corné et est toujours pergamentacé dans ce genre; mais, dans la plupart des polypes marins, il se dépose dans ses parois ou en dessous des sels calcaires qui constituent les polypiers pier- reux. Cet épiderme est organisé comme dans les animaux supérieurs et n'est pas une substance sécrétée comme on l'avait cru juscpue dans ces derniers temps. Nous avons très-bien reconnu dans les très-jeunes indivi- dus, au milieu des parois, des cellules qui disparaissent avec l'âge et qui justifient à nos yeux le rapprochement que nous faisons entre l' épiderme des animaux supérieurs et l'habitation en apparence si compliquée des polypes. Nos observations s'accordent ainsi complètement avec celles que M. Milne Edwards a faites sur plusieurs polypiers marins. Toutefois, il résulterait des recherches de quelques naturalistes , comme par exemple de celles de Cavolini , que plusieurs polypiers sont formés aussi en tout ou en partie par exsudation , et par conséquent la nature des polypiers ne serait pas la même dans toute la classe. Le polypier des paludicelles se compose toujours d'une tige principale, simple au commencement, ramifiée à un âge plus avancé. Il est rétréci de distance en distance; et une cloison interne transverse divise la tige en autant de cavités ou loges distinctes qu'il y a d'étranglements. Dans chaque loge habite un animal, qui n'a aucune communication organique avec ses voisins. Sur le trajet de la tige principale l'on aperçoit, dans les polypiers adultes, des ramifications qui partent toujours de la partie renflée. Tantôt il n'y a qu'une seule ramification, et le polypier est fourchu, tantôt il s'en forme des deux côtés, et le polypier devient trichotomique. Chacune de ces branches se subdivise ensuite comme la tige principale, et de là vient cette forme régulière qui aura fait prendre plus d'une fois ce polypier pour un végétal. Nous exposerons plus loin à l'article reproduction, com- ment l'accroissement de ces parties a lieu. On voit assez communément sur le polypier de ce genre le Vaginicolâ tincta, qui se présente au premier aspect comme des excroissances du polypier lui-même. En l'examinant pendant quelques instants dans un repos absolu, on voit bientôt l'infusoire à la porte de son tube, et faisant tourbillonner autour de lui les particules suspendues dans le liquide. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 45 Système digestif. Le canal intestinal est complet et se compose de quatre compartiments : la cavité buccale, l'œsophage, l'estomac et l'intestin. Toutes ces parties sont parfaitement distinctes les unes des autres. La bouche est située exactement au milieu des branchiales. Si l'on regarde de face un de ces animaux épanoui, l'appareil branchial se pré- sente sous la forme d'une rosace dont la bouche occupe le centre. Elle est complètement dépourvue de parties cornées ; son ouverture est trans- versale, mais ne présente point de prolongement labial comme chez ses congénères. Le canal digestif est légèrement renflé à son origine pour former une cavité buccale ; de nombreux cils vibratils tapissent l'intérieur et attirent, par leurs mouvements continuels, les particules suspendues dans l'eau. Ces particules, qui consistent le plus souvent en infusoires ou en conferves, s'accumulent dans cette première excavation, s'agglomèrent, et lorsque la quantité en est suffisante, l'œsophage se dilate, et les ali- ments, sous forme de bol alimentaire, passent directement dans l'estomac. C'est la seconde station des aliments. L'œsophage est assez long relativement au volume de l'animal; il est, droit pendant que le polype est épanoui, et forme au contraire un coude lorsqu'il rentre dans sa loge. L'estomac est d'une forme ovale allongée. Il reçoit l'insertion de l'œso- phage près de son extrémité antérieure. Ses parois sont assez épaisses, et sa surface interne paraît couverte de petites éminences qui pour- raient bien être des cœcums biliaires. Ces éminences sont constamment coloriées ou en jaune ou quelquefois en rouge amaranthe. A l'endroit où s'insère l'intestin, on aperçoit une série de cils vibratils disposés en demi-lune, et qui mettent les particules nutritives agglomérées dans un mouvement continuel de rotation sur elles-mêmes. On voit souvent dans cet endroit de l'estomac les aliments comme s'ils étaient suspendus à un fil qu'on tourne sur son axe; ou bien on les voit attirés par les cils, et ils ne touchent pas plutôt ces derniers, qu'ils sont repoussés avec 7 M HISTOIRE NATURELLE violence, ce qui produit le même effet que les moulinets des feux d'ar- tifice. On ne peut s'empêcher de ramener ce mouvement d'attraction et de répulsion à l'action du fluide magnétique. Les particules nutritives venant en contact avec les cils , reçoivent le même fluide et sont au même instant repoussées. Outre le mouvement communiqué par les cils vibratils, l'estomac lui- même se meut constamment par un mouvement péristaltique et imprime encore un autre mouvement aux aliments. Mais cette contraction péristal- tique paraît moins prononcée que dans les genres voisins. Entre l'estomac et l'intestin on observe un repli intérieur, un bourrelet circulaire ou pylore. L'intestin commence immédiatement au-dessus des cils. Il est droit et parallèle a l'œsophage lorsqueTl'animal est épanoui; dans le cas contraire, il est replié sur lui-même. A son extrémité, il présente un cordon qui attache cet organe à la base des tentacules et qui entraîne l'intestin pendant les mouvements de l'animal. Ce cordon est formé par la peau de la gaîne qui passe de la base des tentacules à l'intestin et entoure cette extrémité. Les excréments s'agglomèrent dans l'intestin et ne sont expulsés que lorsqu'il y en a une certaine quantité. On reconnaît toujours ces matières fécales à leur forme et à leur cou- leur, qui tranche avec le blanc transparent de ces organes. L'anus est situé près de la base des branchiales. Pour évacuer les excréments, le polype doit être complètement épanoui. Système respiratoire. Comme la respiration est un acte indispensable dans la vie des animaux et qu'ils ont autant besoin d'air que d'aliments , il est évident que les polypes respirent. 11 nous reste à déterminer l'organe dans lequel s'ac- complit cet acte de la vie organique. Les polypes ont tous autour de la bouche des appendices que l'on désigne sous le nom de tentacules, et qui ont été considérés déjà par quelques naturalistes comme l'organe respiratoire. Mais le développe- DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 45 ment des polypes , c'est-à-dire leur organogénésie, n'étant pas assez bien connu, l'élément principal pour la solution de ce problème manquait à la science. Voyons d'abord ce que c'est qu'un tentacule. On donne ce nom à une ou à deux paires d'appendices non articulés situés près de la boucbe et dont l'une au moins est un organe de sens spécial. Us s'enroulent ordinairement comme un doigt de gant et ne servent point d'organe de préhension. Les appendices des mollusques gastéropodes se trouvent dans ce cas, tandis que ceux des mollusques céphalopodes étant préhenseurs appartiennent à un autre ordre d'organes. On a donné aux bras des hydres le nom de tenta- cules, et de là ce nom s'est étendu aux polypes, dont les bras sont des organes purement respiratoires. Une branchie , car c'est bien une branchie qui doit exercer la fonction de respiration dans les animaux aquatiques, est une dépendance du sys- tème vasculaire. C'est un vaisseau d'abord simple si on l'examine lors de son apparition, qui se courbe pour former une première anse. Celle-ci pousse de dedans en dehors dans un endroit déterminé du corps, pour mettre son contenu en contact médiat avec le milieu ambiant; elle se multiplie, c'est-à-dire qu'une seconde anse se forme au bout de la pre- mière, et puis une troisième, et ainsi de suite jusqu'à ce que le réseau sanguin ait pris sa forme convenable. Mais au lieu de se contourner, le vaisseau peut s'étendre directement et former des branches droites et parallèles. Ainsi la branchie diffère surtout du tentacule en ce qu'elle n'est qu'une extension du système sanguin, un vaisseau multiplié. Le tentacule n'est qu'une extension de la peau contenant seulement les vaisseaux d'entretien. L'organogénésie nous montre que les prétendus tentacules des polypes ne se forment que par l'extension de la cavité sanguine. Le liquide qui remplace ici le sang n'est pas contenu dans des vaisseaux. Il remplit une large cavité entre la peau externe et le canal digestif. C'est cette cavité qui s'étend au dehors autour de la bouche et forme des canaux isolés que l'on a nommés tentacules. Us se forment de la même manière que les branchies, avec cette différence qu'il n'y a pas d'anastomoses. 46 HISTOIRE NATURELLE L'organe de respiration ne pouvait se placer qu'autour de la bouche, puisque c'est la seule partie qui n'est pas cachée dans la loge. Il n'y a dans ces animaux aucun organe qui puisse mettre le liquide en mouvement , comme le fait la bouche et l'opercule dans les poissons , le sac branchial dans les mollusques; mais les cils vibratils qui garnis- sent toute la longueur de ses appendices établissent dans l'eau un courant suffisant pour la renouveler constamment. Les hydres sont d'une organisation plus simple. Ces appendices autour de la bouche sont des organes de préhension comme ceux des céphalopodes, et comme tout le corps est à nu, qu'il n'y a pas de cavité sanguine sem- blable à celle des polypes, et qu'ils se déplacent facilement, les cils vibratils sont superflus. Aussi ne les trouve-t-on que dans les polypes bryozaires. De ces différentes considérations nous croyons pouvoir conclure que les prétendus tentacules sont les branchies. Aussi il serait mieux de dési- gner les tentacules sous le nom de branchiules , et l'ensemble sous le nom de couronne branchiale ou branchie tout simplement. Les branchiules sont disposées en forme d'entonnoir autour de la bouche; elles sont toutes également allongées et ont un même diamètre dans toute leur étendue. Dans l'animal épanoui ordinairement, on en trouve seulement seize; mais il n'est pas rare d'en rencontrer dix-huit dans cer- tains individus comprimés entre deux lames de verre, et nous nous som- mes assurés de la constance de ce nombre. Le diaphragme qui lie les dif- férentes branchiules entre elles à leur base dans les genres voisins, manque ici complètement. Chacune d'elles est ainsi isolée jusqu'à sa base; sa lon- gueur est de mm ,80. Si l'on soumet un de ces organes à un grossissement assez fort , on aperçoit au milieu, dans toute la longueur, un canal qui charrie proba- blement un liquide, mais dans lequel nous n'avons point remarqué de mouvement. Le liquide chargé de corpuscules arrive, en tournoyant, jusqu'à la base des tentacules, mais se dépouille probablement de ces corpuscules pour pénétrer dans ces tubes et pour accomplir l'acte respi- ratoire. C'est là sans doute la raison pour laquelle nous ne distinguons point de courant dans leur intérieur. DES POLYPES C03IPOSÉS D'EAU DOUCE. 47 Elles sont garnies des deux côtés de longs cils vibratîls qui établissent un courant dans le liquide ambiant. Ces cils sont très-longs et atteignent presque la longueur du diamètre transversal des brancbiules. Le liquide contenu dans l'intérieur est oxygéné à travers les parois, par l'air apporté au milieu des courants. Lorsque les brancbiules sont séparées du corps et légèrement contrac- tées, on voit qu'au lieu d'être lisses sur les bords, elles sont légèrement denticulées, c'est-à-dire qu'elles sont régulièrement éebancrées et ressem- blent en quelque sorte au corps d'un annélide. C'est à l'aide de ces anneaux que les brancbiules se déploient dans tous les sens (pi. I, fig. 6). Elles sont le plus souvent toutes droites après la sortie de l'animal. Quelquefois cependant, lorsqu'il est en repos, ces appendices se re- courbent en debors vers leur extrémité et forment alors un entonnoir largement ouvert et à rebord extérieur. Elles se replient plus ou moins sur elles-mêmes dans l'intérieur de leur étui, lorsque l'animal rentre dans sa loge. Système circulatoire. Entre le canal digestif et la peau qui tapisse la cellule polypiaire est un espace assez étendu, rempli d'un liquide blanc transparent que nous devons considérer comme une cavité vasculaire rempli d'un liquide ana- logue au sang. Ce liquide s'étend dans toute la longueur de la cellule, depuis la cloison qui sépare l'animal de son voisin jusqu'au sommet des brancbiules. Des corpuscules de forme quelquefois arrondie, mais plus souvent irrégulière, llottent au milieu, et c'est par leur présence que l'on peut reconnaître la direction du courant. On le distingue le plus faci- lement dans l'espace qui se trouve entre le corps de l'animal et la cel- lule suivante. (Voy. fig. 3, pi. I'°.) Ces corpuscules parcourent là un petit cercle déterminé par la présence de cils vibratils situés sur les parois internes de la loge. Nous n'avons point remarqué ces cils dans ce genre, mais nous les avons observés, dans le même endroit, dans des genres voisins. Nous 48 HISTOIRE NATURELLE avons distingué aussi des courants semblables vers la partie inférieure de la cellule ou en dessous du canal intestinal; on aurait dit un liquide en pleine ébullilion. Sijslème musculaire. Les muscles sont parfaitement distincts les uns des autres. Ils con- sistent en cordons allongés, blancs, transparents, rassemblés en faisceaux et dans lesquels on ne distingue point ces lignes transverses qui ont tant occupé les anatomistes. Nous verrons plus loin leur mode de for- mation. Ces cordons, qui sont les fibres primitives, ne se soudent point par un tissu interstitiel : ils sont séparés les uns des autres dans toute leur longueur. C'est ce que l'on voit facilement quand ils ne sont pas tendus. Chaque fibre musculaire a à peu près le quart de la largeur des tentacules. Nous pouvons diviser les muscles en deux catégories : les rétracteurs et les extenseurs. Les premiers font rentrer l'animal au fond de sa loge; par l'action des seconds, le polype s'épanouit. Parmi les rétracteurs, nous avons d'abord à signaler deux muscles qui s'étendent depuis les tenta- cules jusqu'au fond de la loge et que nous pourrons nommer les grands réfracteurs (PI. I, fig. 2 m.) Ils sont situés l'un à droite et l'autre à gauche de l'animal , et forment pour ainsi dire une gaîne autour du corps. Ils s'insèrent en haut à la base de chacun des tentacules, et, à en juger par analogie, on doit même supposer que les fibres s'étendent séparément dans leur intérieur. Ces muscles sont fortement tendus lorsque l'animal est entièrement épanoui (PI. I, fig. o m.), et, dans le cas contraire, le muscle est replié sur lui-même. On pourrait donner le nom de petit ré- tracteur (PI. I, fig. 2 n.) à un autre muscle qui n'agit pas autant sur le polype lui-même que sur l'extrémité mobile du polypier. Ce muscle s'at- tache, d'un côté, au bord de l'ouverture du polypier qui livre passage à l'animal, et les fibres, en se dirigeant obliquement en bas, vont s'insérer, de l'autre côté, aux parois du polypier, vis-à-vis de l'ouverture précé- dente. (PI. I, fig. 3 n.) Ce muscle est également double; il forme une bande DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 49 musculaire moins longue mais plus large que le précédent. Lorsque les deux grands rétracteurs ont agi et que le polype éprouve encore quelque inquiétude, ils se contractent, l'ouverture du polypier se ferme, et l'animal est hors de tout danger pour un ennemi ordinaire. Les muscles dont nous venons de parler sont des rétracteurs de tout l'individu. Il reste à parler des rétracteurs du tube digestif. De l'extré- mité du cul-de-sac de l'estomac part un cordon musculaire mince qui se dirige vers le fond de la loge et s'attache à ses parois à peu près à la même hauteur que le muscle grand rétracteur. 11 occupe la place où se trouve l'ovaire dans les autres genres. C'est le rétracteur de l'estomac. Dans quelques cas, nous croyons avoir vu encore des cordons minces et courts s'étendre des parties latérales de l'estomac obliquement vers les parois. Ils agiraient dans le même sens que les précédents. Quand le polype est entièrement retiré, on voit une gaine autour des tentacules qui s'étend jusqu'à leur base. Cette gaîne n'est que le prolon- gement mobile du derme ou du polypier, qui permet à l'animal de s'é- tendre assez loin hors de sa cavité. De cette gaîne partent tout autour de petits cordons musculaires qui se rendent horizontalement ou oblique- ment aux parois du polypier, selon la position de l'animal, et qui agis- sent comme extenseurs de la couronne tentaculaire. Ce sont les extenseurs antérieurs. Dans toute la longueur de la cellule, on aperçoit enfin des cordons musculaires situés à une certaine distance les uns des autres et qui s'éten- dent horizontalement de l'une paroi à l'autre. Ces muscles, en se contrac- tant, rapprochent les parois de la cellule, diminuent la cavité de la loge, et, en pressant de tout côté et de bas en haut sur le tube digestif, le re- poussent en avant. Ce sont les extenseurs communs. Ainsi quand les exten- seurs de la couronne se contractent, la gaîne se déroule et la bouche du polypier s'ouvre par le relâchement des courts rétracteurs. Par l'ac- tion des extenseurs communs, le tube digestif est pressé de toute part, et l'animal s'épanouit. Cette disposition nous fait comprendre comment ces animaux peuvent rentrer si brusquement, tandis que leur sortie a toujours lieu avec une 50 HISTOIRE NATURELLE certaine lenteur. La rentrée s'opère surtout par les deux longs rubans qui agissent directement sur l'animal; la sortie au contraire ne s'opère que d'une manière secondaire par la pression. Appareil de reproduction. Nous n'avons vu dans ce genre aucune trace d'organes sexuels. Nous avons observé les paludicelles, pendant les différentes saisons, sans pou- voir découvrir quelque vestige de cet appareil. Cependant il y a cbez eux, comme dans les genres voisins, deux modes de reproduction bien distincts. Pendant tout l'été, l'animal se reproduit à l'aide de bourgeons; mais à l'approcbe de l'hiver, il se forme des bourgeons d'une forme toute particulière qui conservent l'espèce jusqu'au printemps suivant. Ainsi nous avons une reproduction estivale et une autre hyemale, comme dans les alcyonelles, les hydres, etc., en un mot chez tous nos polypes d'eau douce. La reproduction estivale a lieu de la même manière que dans les hy- dres, avec la différence dans les moyens et dans les résultats qu'entraîne ici la présence d'un polypier. La reproduction estivale des hydres ne diffère ensuite que très-peu de celle des éponges, et l'on doit considérer, dans ces derniers, l'accroissement et la reproduction comme n'étant qu'une seule et même chose. L'animal s'accroît dans toute la périphérie, et chaque por- tion détachée spontanément ou par accident, est semblable à la masse dont elle^provient. C'est la reproduction la plus simple. La seule diffé- rence que l'on puisse signaler dans la reproduction estivale des hydres , c'est que l'accroissement de l'animal étant arrivé à terme, celui-ci ne s'ac- croît plus que dans un endroit déterminé du corps, et cette exubérance locale constituera un nouvel individu. Nous pouvons, du reste, considérer de cette manière la reproduction dans les animaux supérieurs, car il y a de même exubérance dans un endroit déterminé du corps (testicule chez le mâle, ovaire chez la femelle), et de cette excroissance sortira un nouvel individu. L'ovaire et le testicule sont non-seulement confondus ensemble, mais ces organes particuliers de reproduction sont disséminés et con- DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. M fondus clans tout le tissu animal chez les éponges, tandis que dans les hydres, ces éléments organiques sont concentrés autour du cul-de-sac stomacal. Ce n'est que plus haut dans l'échelle animale que ces organes sont élevés à la dignité d'organe spécial. Dans le genre qui nous occupe, il y a deux endroits différents du corps où le bourgeonnement a lieu : l'un, le plus ordinaire, a lieu à l'extré- mité de chaque cellule; l'autre, à droite et à gauche de la portion la plus large. C'est à cette localisation qu'est due la forme du polypier. Dans les hydres, il y aurait une forme assez régulière si les animaux restaient réunis; mais chaque individu, après son développement complet, se déta- che de la mère et va vivre pour son propre compte. Les hydres, sans cela formeraient de véritables verticilles, parce que les jeunes se développent tout autour du fond de l'estomac. Ils ressembleraient exactement à cer- tains végétaux. Dans les paludicelles, les gemmes qui se développent à l'extrémité de chaque cellule, continuent la tige principale, et le po- lypier se réduirait à une tige unique si ces bourgeons existaient seuls. Les gemmes qui se développent des deux côtés de chaque cellule for- ment des ramifications fourchues, s'il n'y en a que d'un côté; et tri- chotomiques s'il s'en développe à la fois à droite et à gauche. C'est le cas ordinaire. Au même endroit où se développent en été les bourgeons, se montrent, vers le commencement de l'hiver, des corps semblables à un bourgeon, mais pourvus tout autour d'une membrane solide. C'est par ces corps qu'a lieu la reproduction hybernale. Ce sont en effet des hybernacles, et nous les désignerons par la suite sous ce nom. Les hybernacles ne montrent pas cette régularité dans le volume et la forme que présentent les œufs des autres genres. Ils sont toujours forte- ment comprimés , mais leur contour varie et les uns sont beaucoup plus allongés que les autres. L'extrémité est toujours terminée en tubercule ar- rondi. (Phi, fig. IV, a.) Ces hybernacles sont d'un noir grisâtre, couleur qui contraste avec celle du polypier. Celui-ci à cette époque est d'un jaune ferrugineux. Ils se composent d'une enveloppe assez solide, dans l'intérieur de laquelle on 8 52 HISTOIRE NATURELLE voit des globules ou cellules semblables aux cellules du vitellus. Celte enveloppe se divise au printemps en deux valves qui se séparent sur le bord et qui forment le commencement du polypier. On voit poindre alors le polype au milieu, et souvent on trouve encore en été les débris de l'bybernacle, qui font connaître le point de départ du pied polypiairc. (%.V,a,pl.I.) Embryogénie. Nous avons été assez heureux d'étudier le développement de l'embryon dans les bourgeons. La transparence des parois du jeune polypier nous a permis d'observer l'apparition successive de tous les organes, jusqu'au développement complet du polype. Nous nous sommes entourés de toutes les précautions nécessaires pour éviter l'erreur autant que possible, et, afin d'exposer le résultat de nos observations avec plus de clarté, nous avons refait plusieurs fois toutes nos figures et nous avons changé de même le texte. Nous n'avons qu'à nous louer d'avoir suivi cette marche. Un second examen montre souvent dans tout son jour ce que l'on n'avait fait qu'entrevoir la première fois. Un bourgeon n'est pas encore entièrement formé, sa loge a seulement les trois quarts de son développement, que déjà on voit poindre un nou- veau bourgeon au bout du premier. Nous avons vu que chaque loge est formée par 1'épiderme en dessous duquel se trouve le derme, et c'est de là que partira le nouvel embryon. Le boui^geon une fois formé, a-t-il encore besoin de l'individu-mère sur lequel il se trouve? Nous ne le pensons pas. Nous avons trouvé une bran- che de polypier dans laquelle tous les individus étaient morts et décom- posés, et cependant un jeune bourgeon était en pleine vie. Sur ces mêmes branches, nous l'avons observé pendant plusieurs heures, et il ne nous était pas difficile de reconnaître que le développement avait lieu d'une manière tout à fait régulière. Ainsi le bourgeon une fois formé peut se passer de l'individu-mère. Nous ne devons pas perdre de vue que, dans ce genre, tous les individus sont isolés, qu'ils n'ont point de peau com- DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 53 m une et que cette observation ne prouve rien pour les autres polypes d'eau douce. Comme nous l'avons déjà dit, les bourgeons se forment dans un en- droit déterminé de la loge. Le premier phénomène que l'on remarque, c'est une légère éminence semblable à une boursouflure lorsque le bour- geon est latéral. Lorsqu'au contraire il est terminal, il ne paraît être que le prolongement de la loge-mère. Cette première éminence est d'abord formée par la prolongation de la peau. On ne tarde pas à voir des cellules se former et s'agglomérer dans l'intérieur. Ces cellules augmentent en nombre et en volume à mesure que le bourgeon s'élève, et elles se condensent bientôt vers les bords pour former une première membrane. Cette membrane tapisse l' éminence dont nous venons de parler. Elle est fermée de tout côté et elle contient des cellules dans son intérieur qui vont bientôt changer l'aspect du nouveau bourgeon. Ces cellules en effet se condensent à leur tour, c'est-à-dire qu'elles s'orga- nisent, et il se forme une seconde membrane contenue dans la première. C'est ainsi du moins que les choses semblent se passer quand on étudie un de ces embryons de face. Mais en l'examinant de profil, la membrane in- terne ne semble que la continuation de la membrane externe, et on voit en effet qu'il existe toujours une continuité entre elles quand on examine l'embryon sur le côté. La membrane externe représente la peau qui for- mera la loge polypiaire , tandis que la membrane interne ou rentrée est le rudiment du canal intestinal. Si nous pouvions établir une comparaison entre le développement des paludicelles et celui des animaux supérieurs, et rien ne paraît s'y oppo- ser , nous trouverions dans ces animaux les trois couches primordiales qui forment la gangue de laquelle sortiront les différents organes : en dedans, la couche muqueuse, en dehors la couche dermique et un espace rempli de liquide entre elles ou la prétendue couche vasculaire. Mais il y a dans ces polypes une différence qui n'est toutefois que secondaire. La membrane germinative au lieu de s'épaissir et de se développer en dehors de la vési- cule ombilicale se replie au contraire en dedans, et tous les phénomènes 54 HISTOIRE NATURELLE continuent à s'opérer dans ce sens. Cette comparaison nous aidera beau- coup dans la détermination des différents organes. En effet, nous n'avons qu'à nous représenter l'animal, composé d'une muqueuse tapissant une peau extérieure et un certain espace entre elles rempli de liquide pour avoir l'image du polype. Les muscles et le système nerveux, quand il existe, doivent se développer au milieu de cet espace. La couche muqueuse une fois formée s'étend rapidement dans l'inté- rieur et touche bientôt par son extrémité inférieure les parois opposées de la loge. Les cellules muqueuses dont le tout est encore composé, contrac- tent de l'adhérence dans cet endroit, et c'est ce qui donne naissance au muscle rétracteur de l'estomac. L'embryon en s'enfermant ainsi dans sa loge, tiraille antérieurement la peau par laquelle il adhère aux parois, et cette peau tiraillée formera la gaîne. On voit aussi de très-bonne heure des cellules remplies d'un liquide transparent au centre de la couche muqueuse, et qui paraît représenter le vitellus. Le liquide clair contenu dans leur intérieur semble être de nature huileuse , et si nous considérons l'arrangement de ces cellules dans l'inté- rieur de cette cavité, nous ne pouvons nous empêcher de les considérer comme présidant à la formation des parois digestives. Leur présence em- pêche les parois de se souder ensemble, et en se déplaçant ils perforent cette masse muqueuse par un effet purement mécanique. Nous voyons en effet que l'intestin, avant de se dessiner en dehors, l'est déjà en dedans par l'arrangement de ces cellules, comme on peut le voir dans les fig. 9, 10 et 11. Si c'est là le rôle que jouent ces globules huileux , c'est à eux aussi qu'on devra attribuer la perforation de la muqueuse pour la formation de la bouche et de l'anus. Une fois que la peau est formée dans le bourgeon, le jeune embryon est complètement séparé de la mère. Il se forme un diaphragme, véritable cloison médiane, entre la vieille et la nouvelle loge, et les individus sont isolés. C'est une disposition que l'on ne trouve pas dans d'autres polypes d'eau douce, mais que l'on observe dans plusieurs polypes marins. Quand le bourgeon est à ce degré de développement, il s'opère dans la DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 55 couche muqueuse une modification d'où va dépendre la forme de l'animal. Sur les parois internes de la muqueuse se forme un repli qui s'étend à droite et à gauche dans toute la longueur de la cavité et qui donnera nais- sance à la couronne branchiale. (Voy. fuj. 20-52, pi. II.) Ce repli est d'abord simple et disposé comme les replis transverses dans les intestins des animaux supérieurs. Les bords sont presque conti- gus, ce qui produit une fente longitudinale, comme le montrent les fuj. G, 8 et 25. Bientôt on voit se former des échancrures sur les bords de ce repli qui indiquent autant d'éminences qu'il y aura de branchiules. Ces éminences se présentent comme des tubercules placés sur deux lèvres qui s'élèvent insensiblement, et à mesure qu'elles croissent, leur calibre diminue. Pla- cées d'abord sur deux lignes parallèles, les branchiules, car nous pouvons bien déjà leur donner ce nom, s'écartent au milieu pour prendre insensi- blement la forme circulaire. Ainsi ils sont binaires avant de prendre la forme radiaire, comme on l'a observé déjà chez les méduses. Nous venons de voir la formation des branchiules en dedans de la cou- che muqueuse, mais nous n'avons pas parlé de la formation de la cavité qu'on observe dans leur intérieur. C'est ce que nous considérons comme le plus important dans l'organogénésie de ces animaux. A mesure que les branchiules s'élèvent, il se forme une excavation de dehors en dedans, et le liquide qui entoure la muqueuse pénètre dans leur intérieur. Elles se forment donc comme les branchies. La membrane qui emprisonne le sang s'allonge pour présenter à l'eau plus de points de contact, et comme chez les polypes l'extrémité antérieure du corps est la seule qui sorte de la loge, il fallait nécessairement que les branchies se fixassent dans le voisi- nage de la bouche. C'est le seul endroit du corps où l'oxygénation puisse s'effectuer. Là où des muscles doivent se former, les cellules se multiplient, s'ag- glomèrent, marchent les unes vers les autres, se soudent ensemble, et les bosselures que l'on remarque à la surface de ces cordons grossiers dispa- raissent insensiblement. Des cordons réguliers et droits ont remplacé les masses noueuses, c'est ce que nous avons déjà vu à l'extrémité du cul-de- 56 HISTOIRE NATURELLE sac de l'estomac; et on voit au fond de la cellule des éminences cellulaires, formées sur les parois internes du derme, marcher l'une vers l'autre et se souder au milieu pour former les extenseurs communs, ou petits trans- verses. Ces muscles, ainsi que les rétracteurs, se forment les uns après les autres. Ce sont les courts rétracteurs que l'on voit se développer en dernier lieu. Ces différents muscles sont d'abord très-courts ; ils s'étendent directe- ment du tube digestif aux parois, mais ils s'allongent avec l'accroissement de la loge; c'est ce que l'on peut voir surtout dans le grand rétracteur m., (ig. 11-17. L'intestin est encore adhérent aux parois de l'œsophage, comme l'in- diquent les (hj. 9 à 11. Mais il s'en détache quand les branchiules s'élè- vent, et il se sépare dans toute sa longueur. (Voy. fuj. 14, 15 et 17.) L'organisation du reste du tube digestif s'achève. Le cul-de-sac de l'es- tomac pénètre de plus en plus dans la loge, s'allonge ainsi que l'œsophage, et on reconnaît les différentes parties qui constituent le canal digestif. C'est tout à la fin qu'un repli se montre dans l'intérieur, entre l'esto- mac et l'intestin, pour constituer le polyre. La gaine qui entoure le bourrelet tentaculaire s'allonge aussi comme les autres organes et forme l'étui qui doit se replier sur lui-même comme un doigt de gant, pendant les différents mouvements du polype, pour ren- trer ou pour s'épanouir. Le polype dans cet état est encore enfermé dans sa cellule et ne com- munique point avec l'extérieur. Mais à l'endroit où la gaine adhère aux parois , celle-ci s'ouvre au dehors , et le polype vient en contact avec le milieu ambiant. Pour avoir l'animal dans son état complet, il ne reste plus qu'à al- longer encore quelques-uns de ces organes. Les branchiules prennent leur cils vibratils, le canal digestif se place dans l'axe de la cellule, et l'embryon devenu polype va établir ses rapports avec le monde extérieur. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 57 § II. GENRE FREDEBICELLA HISTORIQUE. C'est à Blumenbaeh que l'on doit la découverte du polype d'eau douce qui fait le type de ce genre. Il y a près de soixante et dix ans qu'il trouva pour la première fois cet intéressant animal dans les fossés qui entou- rent la ville de Gôtlingue. Il présenta, à ce sujet, le 10 septembre 1774, à la Société royale des sciences de cette ville, ses observations sur le polypier nouveau qu'il venait de découvrir. Dans son Manuel d'histoire na- turelle, il le fit connaître sous le nom de Tubularia sultana, en accompa- gnant sa courte description d'une bonne figure *. Presque tous les auteurs qui se sont occupés depuis des polypes d'eau douce, ont cherché à classer cet animal sans l'avoir eu sous les yeux, et souvent sans avoir lu attentivement la description donnée par Blumen- baeh. Il en résulte que tout ce que l'on a écrit sur sa synonymie , à l'ex- ception de ce qui se trouve dans les derniers mémoires de M. Gervais 2 , doit être supprimé. Le Tubularia sultana de Blumenbaeh s'éloigne, comme nous allons le voir, de tous les autres genres de polypes d'eau douce. L'un de nous, M. Van Beneden, a retrouvé ce polype, en 1858, dans les environs de Louvain, et, la même année, il l'a découvert, avec M. Ger- vais, dans les environs de Paris. M. Dumortier l'a également trouvé dans les environs de Bruxelles. Au premier examen du polypier et de l'animal , il ne nous paraît point douteux que le Tubularia sultana ne doive faire le type d'un genre nou- veau. M. Gervais, qui publiait, en 1858, un Mémoire sur les polypes d'eau 1 Blumenbaeh, Manuel d'histoire naturelle. - Observations pour servir à l'histoire naturelle des polypes d'eau douce, par Paul Gervais: Comptes-rendus de l'Académie des sciences, 1836, 2 sem.; Annales françaises et étrangères d'ana- tomie, etc., 1839, pag. 129; Annales des sciences naturelles, 2 e série, vol. VII. 58 HISTOIRE NATURELLE douce, lui a donné le nom de Fredericella, en le dédiant à Frédéric Cuvier, que les sciences venaient de perdre en ce moment. Dans le supplément du Dictionnaire des sciences naturelles, il en a donné de bonnes figures. CARACTERES. L'animal est pourvu d'un tube digestif complet; on voit à la bouche une forte lèvre couverte de cils vibratils très-longs. Ses branchiules, au nombre de 20-22, sont unies par une membrane mince et transparente jusqu'au tiers de leur longueur; elles sont placées en entonnoir; du côté où se trouve la lèvre, les branchiules sont un peu plus allongées; des cils vibratils s'étendent sur toute leur longueur. Le polypier se subdivise d'une manière irrégulièrement bifurquée, mais presque toujours en doublant ses rameaux du même côté. Ces rameaux sont libres, arrondis, légèrement élargis vers leur extrémité pour loger le polype; ils rampent sur les corps solides et souvent s'allon- gent dans l'eau; leur membrane externe est cornée et opaque, et elle se recouvre à l'extérieur, sur toute son étendue, de grains de sable et de limon, qui donnent à ces gaines de polypiers l'aspect de racines de plantes aquatiques. Les œufs sont de forme ovale, légèrement échancrés sur un des bords; ils sont dépourvus de bourrelet et de crochets. Cette forme, qui rappelle celle d'une fève, est particulière au Fredericella et ne permet pas de le confondre avec aucune autre espèce de polype composé d'eau douce. C'est avec le genre Paludicella que notre animal présente le plus d'affi- nité, et c'est avec lui que nous allons le comparer. Dans l'un comme dans l'autre genre, les tentacules sont disposés en entonnoir, mais dans le genre qui fait le sujet de notre description ac- tuelle, les tentacules, d'un côté, sont plus allongés que de l'autre, tandis que les paludicelles les ont tous également longs. Cette inégalité dans la longueur est un passage vers les polypes à panache en fer à cheval. Dans les jeunes individus, outre l'inégalité dans la longueur, on aper- DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 59 çoit quelques tentacules en dedans du cercle du côté où se trouve la lèvre, et par là l'on trouve un passage de l'une division des polypes d'eau douce à l'autre, c'est-à-dire de la forme en entonnoir à celle de fer à cheval. Une membrane très-fine unit les différents tentacules entre eux et s'étend jusqu'au tiers de leur longueur. On peut la comparer à la mem- brane interdigitale des oiseaux palmipèdes. Elle manque complètement dans les paludicelles, tandis que les autres genres en sont pourvus; mais dans les frédéricelles , elle est la plus élevée. Il en est de même de la lèvre qui se remarque uniquement chez les polypiers à tentacules en fer à cheval. Ces deux caractères de la lèvre et de la longueur inégale des tentacules éloignent ce genre de la forme radiaire absolue. Si nous comparons le polypier avec celui de la paludicelle, nous ne trouvons pas moins de différence : la principale consiste dans l'absence de cloisons qui séparent l'intérieur en plusieurs compartiments, comme cela se voit dans les paludicelles; l'on n'aperçoit pas non plus dans ceux- ci les étranglements extérieurs, réguliers du genre Paludicella. Les animaux ne sont point organiquement liés entre eux dans l'état adulte, comme dans le genre alcyonelle : chaque individu à ses attaches propres et accidentelles aux parois du polypier, et se retire séparément. Mais l'on trouve presque toujours deux individus réunis à l'extrémité de chaque branche du polypier, et dans ces deux individus il y a communauté aussi longtemps qu'ils n'ont pas atteint leur développement complet par l'élongation des rameaux. Pendant tout l'été, la reproduction a lieu par bourgeons, et l'on voit ceux-ci se développer un à un à la base de la houppe tentaculaire. (Voy. pi. 111, fuj. 18, w.) Le développement du bourgeon est ici localisé, et c'est la raison pour laquelle le polypier est bifurqué. Dans les alcyonelles, les bourgeons peuvent se développer dans différents endroits du corps, et par là la masse du polypier prend les formes les plus variées. Tous les polypiers sont, au contraire, semblables dans ce genre, et ne diffèrent que par la longueur des branches. Si l'on presse le bout d'une branche de polypier en avant ou en arrière 9 60 HISTOIRE NATURELLE de l'animal, en prenant soin de ne pas le comprimer lui-même, il en sort un individu complet pourvu en arrière d'un long cordon très-contractile. Cet individu est pourvu d'une peau propre qui contourne tout le tube digestif. Nous devons faire remarquer que ce procédé ne réussit pas tou- jours, mais en le répétant quelquefois on ne tarde pas à isoler un individu complet, tel qu'il se trouve reproduit dans la figure V. La peau montre, à chaque polype, vers le tiers antérieur, des traces d'adhérence au polypier, et c'est dans cet endroit qu'elle doit se déchirer pour que l'on obtienne l'individu complet. Si, au contraire, la déchirure a lieu à la hauteur de l'estomac, cet organe fait hernie, et toute la peau s'est retirée en haut. Elle est, dans ce cas, tellement contractée, qu'on n'aperçoit qu'une masse de forme très-irrégulière. Ainsi la forme du polypier dépend du nombre des bourgeons et de la place où ils se développent sur le corps mère. Chaque individu ne donne naissance ici qu'à un seul bourgeon; celui-ci à son tour donne naissance à un autre unique, et de là résulte la forme que nous voyons toujours reproduite. AMT0MIE ET PHYSIOLOGIE. Système digestif. La bouche, formée par une fente transversale, est située au milieu des branchiules. Celles-ci forment un entonnoir au fond duquel on décou- vre une forte lèvre garnie de cils vibratils très-longs et très-nombreux. Cette lèvre garnit un côté de la bouche, et par l'action des cils vibratils les molécules nutritives sont attirées aussi longtemps que l'animal reste épanoui. Le tube digestif est complet comme dans tous les genres de polypiers composés d'eau douce , et il se divise aussi en cavité buccale , œsophage , estomac et intestins. La cavité buccale est large et se prolonge assez loin en arrière. Les aliments s'accumulent dans son intérieur et ne traversent ensuite l'œso- DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 61 pliage que sous forme de bols alimentaires. Il y a aussi des cils vibratils dans son intérieur. L'œsophage suit immédiatement cette première cavité. Une sorte de valvule établit la ligne de démarcation et empêche les aliments de passer à mesure qu'ils entrent dans la bouche. L'œsophage présente une teinte jaunâtre qui augmente dès qu'on approche de l'estomac. L'estomac est grand relativement au volume de l'animal. Il est allongé et se termine inférieurement en cul-de-sac. Ses parois internes sont plus ou moins jaunes, et l'on aperçoit plusieurs bandes de cette couleur qui s'étendent dans toute sa longueur. Ces bandes indiquent-elles une dépres- sion longitudinale, et par là un commencement de glande biliaire? Nous serions portés à le croire, car la couleur jaune y est plus foncée que dans le reste du tube. Nous n'avons point remarqué dans ce genre les cils vibratils qui se trouvent dans les paludicelles, «à l'entrée de l'intestin, aussi n'avons-nous pas vu tournoyer les aliments dans son intérieur. L'intestin est situé parallèlement à l'œsophage. Il est droit comme celui-ci et s'ouvre à son côté dans l'estomac. Une sorte de valvule pylorique se trouve à son origine pour arrêter le passage trop brusque des aliments. Les animaux en sortant de l'eau fraîche, ou examinés immédiatement après leur pêche, montrent l'estomac et l'intestin remplis d'infusoires. Les aliments sont évacués en quelques instants, et ils sont réunis alors en un corps compacte de forme allongée. Les fèces sont évacuées constam- ment sous cette même forme qu'ils prennent dans les intestins. L'anus s'ouvre à la base des tentacules. On ne peut bien le distinguer qu'au mo- ment où les fèces sont évacuées. (Fuj. 5, h.) La rapidité avec laquelle ce dernier acte a lieu, fait croire que l'ab- sorption est extrêmement active chez ces animaux, et qu'il leur faut pour leur volume une très-grande quantité de nourriture. Cela s'accorde en- tièrement avec la difficulté de conserver ces animaux en vie dans une petite masse d'eau. Si on ne la renouvelle pas souvent et si elle n'est pas suffisamment chargée de crustacés microscopiques et d'infusoires, ils pé- rissent en peu de temps. Il leur faut, en outre, de l'eau vive pour ne pas 62 HISTOIRE NATURELLE entraver l'acte de la respiration, qui est tout aussi active. Ces deux circon- stances rendent la conservation de ces polypes assez difficiles, à moins qu'on leur donne tous les jours une grande niasse d'eau vive et qu'on ait bien soin de nettoyer régulièrement les vases. Système respiratoire. On compte ordinairement vingt branchiules, mais bien des fois nous en avons compté vingt-deux disposées autour de la boucbe en formant un entonnoir. Cbez quelques individus, et surtout dans les jeunes, nous avons remarqué souvent quelques tentacules rentrés, qui simulaient un commencement de fera cheval, ce qui indique la transition vers les genres qui vont suivre. Comme il faut attendre que l'animal soit épanoui pour bien les compter, les branchiules supérieures sont dans un champ différent des inférieures, et c'est de là que naît la difficulté de les compter. En pressant l'animal sous deux lames de verre, on n'est pas certain d'a- voir toutes les branchiules dirigées du même côté, et l'incertitude est encore plus grande. Les branchiules sont allongées et paraissent un peu plus fortes que dans le genre Paludicella. Vers le tiers inférieur, une membrane mince, en forme d'entonnoir, unit les tentacules les uns aux autres. Cette mem- brane inter-lentaculaire a sans doute pour but de faire converger vers la bouche les particules nutritives, et d'emprisonner jusqu'à un certain point les infusoires encore vivants. Le tentacule présente, dans son intérieur, une cavité dans laquelle se meut le liquide qui vient se mettre en contact avec l'eau intérieure. On n'aperçoit cette cavité qu'à un fort grossissement. Des cils vibratils gar- nissent les tentacules sur toute leur étendue, comme dans les genres voi- sins, et, comme chez eux, l'eau paraît monter d'un côté du tentacule pour descendre par l'autre. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. Système circulatoire. Ici, comme dans les genres voisins, nous observons un liquide en mou- vement dans l'intérieur. 11 peut s'étendre d'un individu à l'autre comme dans les genres qui vont suivre. C'est du sang qui est commun à tous les individus d'une branche. C'est là une différence capitale qui distingue ce genre des paludicelles, où tous les individus sont isolés. Système musculaire. Depuis longtemps on a reconnu dans ces animaux des faisceaux muscu- laires distincts. Il est très-facile de les apercevoir dans ce genre. On peut les diviser aussi en extenseurs et en rétracteurs. Entre la peau extérieure et le canal digestif sont placées, sur toute la longueur, des brides musculaires, à commencer depuis la gaine bran- chiale jusqu'à l'estomac. Ces brides musculaires sont situées à une cer- taine distance les unes des autres, et prennent leur attache aux parois du polypier. La direction de ces muscles est oblique ou horizontale, selon la position que le polype occupe dans sa loge. Ceux qui entourent la gaîne agissent directement sur l'animal, tandis que les autres agissent plus particulièrement sur les parois du polypier, et leur effet est secondaire. On peut se faire une idée de ces muscles par la figure V. Ces différents muscles agissent tous comme extenseurs; par leur contrac- tion le tube digestif est pressé de toute part et ne trouve d'autre issue qu'en haut. C'est par le même mécanisme que nous voyons s'opérer l'ex- tension de plusieurs organes : tels que la langue des mammifères fourmi- liers, des pics, les tentacules des gastéropodes, etc. Comme l'extension ou la sortie de l'animal de sa cavité est immédiate, l'on conçoit que cet acte a lieu d'une manière lente, tandis que l'acte contraire ou la rétraction a lieu avec rapidité. Ce dernier mouvement est G4 HISTOIRE NATURELLE produit surtout par deux longs cordons musculaires qui s'attachent en haut à la base des tentacules, et en dessous très-bas aux parois du poly- pier. Ce sont les long rétracteurs. Lorsque l'on fait sortir par la pression un animal du polypier, ce cordon est ordinairement contracté comme un ligament élastique et prend des formes très-différentes. Par suite de ces attaches, lorsque ces muscles se contractent, l'animal rentre brusquement dans l'intérieur du polypier. Les parois n'étant point transparentes, nous n'avons pu nous assurer s'il existe ici, comme dans les paludicelles , un court rétracteur. Système nerveux. Nous avons remarqué sur la cavité buccale, un organe arrondi demi transparent, que l'on peut considérer, à cause de sa situation, comme re- présentant l'anneau nerveux. Nous l'avons observé aussi dans l'alcyonelle, mais pas dans le paludicelle. {Fixj. 5, Z. Z.) Système reproducteur. Le genre qui nous occupe se reproduit par bourgeons et par œufs. Il est probable qu'il s'y trouve des sexes distincts ; cependant nous n'avons point observé des spermatozoaires. Dans les alcyonelles, on voit souvent les zoospermes se mouvoir librement autour du canal digestif, lorsqu'on examine un individu tout épanoui. Mais nous n'avons jamais vu les frédé- ricelles sortir aussi loin de leur loge , et c'est peut-être là la raison pour laquelle nous n'avons point observé des animalcules spermatiques. L'ovaire est très-distinct et se reconnaît facilement par la présence des œufs. Nous avons eu du doute pendant assez longtemps sur sa situation, parce que les individus expulsés complètement du polypier montraient ordinairement les œufs attachés sur le côté à la hauteur de l'estomac. Nous étions disposés à croire que c'était la véritable situation de l'ovaire, DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 65 lorsqu'à la fin nous avons observé sa véritable place dans quelques indivi- dus. L'ovaire est situé en dessous de l'estomac comme dans les alcyonelles, et c'est par la contraction des muscles, après la rupture de la peau, que les œufs étaient toujours enfoncés en avant. On trouve dans l'ovaire des œufs à tous les degrés de développement. M. Gervais a fait connaître ces œufs dans la séance de la Société philoma- tique du 50 novembre 1859 *. Ils sont entourés d'une membrane propre de l'ovaire comme dans les oiseaux, et lorsque l'œuf atteint un certain degré de développement, la membrane se déchire, et l'œuf devient libre. L'on voit souvent que les œufs restent attachés aux parois du polypier, et c'est alors sur le vieux polypier que commence le nouveau au printemps suivant. Ces œufs sont beaucoup moins nombreux que dans les alcyonelles. L'œuf varie en couleur selon son degré de développement. Il est d'a- bord, dans l'ovaire, blanc transparent et de forme sphérique. Plus tard, il prend la forme ovale lorsqu'il est encore incolore, et en approchant du terme de son accroissement, il se colore d'abord vers les bords, et insen- siblement jusqu'au milieu. La couleur est d'abord d'un brun chocolat; elle devient de plus en plus foncée et s'approche à la fin du noir. L'on voit que l'œuf alors présente une légère échancrure sur un de ses bords; il devient réniforme et prend l'aspect d'un haricot. L'on ne voit h aucune époque un bourrelet autour de l'œuf, ce qui permet de distinguer toujours les fré- déricelles des alcyonelles. Nous avons trouvé des œufs depuis le mois de juillet jusqu'au printemps suivant. L'œuf se compose d'abord d'une membrane cornée, qui offre assez de résistance et qui protège puissamment le contenu. C'est la membrane qui donne la couleur à l'œuf et que l'on aperçoit à l'extérieur. En dedans, l'on trouve une seconde membrane molle qui renferme dans son intérieur une grande quantité de cellules. La réunion de ces cellules forme le vitellus, et la membrane qui les entoure, la membrane vitelline. 1 Journal l'Institut, p. 435. m HISTOIRE NATURELLE Les globules du vilellus, soumis à un fort grossissement, nous ont paru doués d'un mouvement propre, que l'on pourrait comparer au mou- vement de trépidation que l'on observe dans les zoospermes. Au printemps, la membrane cornée de l'œuf se divise en deux valves qui s'écartent d'un côté pour laisser passer le jeune polype qui s'est formé dans l'intérieur. Ces valves servent en premier lieu de polypier, mais en- suite la peau prolonge celle première ébauche du polypier, et elle acquiert de la consistance , surtout par les grains de sable qui viennent s'y incrus- ter. (Voyez, pour le commencement de la formation du polypier, les fig. 11 à 16.) Il nous parait inutile de nous étendre davantage sur l'organisation des frédérieelles. Nous avons fait connaître les principaux traits anatomiques et les différences qu'ils présentent avec les genres voisins. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 67 § III. Genhe ALCYONELLE. L'alcyonelle a été signalé pour la première fois par Pallas. 11 la dé- signa sous le nom de Tulmluria fungosa, et c'est sous cette dénomination que l'un de nous en a trouvé un bel échantillon dans le 3Iuséum d'histoire naturelle de Vienne (Autriche). M. Diesing lui a assuré que ce polypier provient de la collection du célèbre voyageur russe. Pallas pense que c'est le même que Rôsel a trouvé attaché aux feuilles de plantes aquatiques et qu'il est ramifié dans le principe. Il en a vu les œufs *. Le peu de mots qui se trouvent dans les mémoires de Réaumur 2 sur les polypes d'eau douce et leurs œufs, se rapportent probablement aussi au genre alcyonelle, surtout quand on rapproche de ceci les paroles de Back 5 . Le naturaliste suédois dit avoir vu chez B. De Jussieu à Paris, deux sortes de polypes dits composés. Bruguière a observé ce polype et le désigne sous le nom d'Alcyon fleu- viatile, à cause de la ressemblance que présente le polypier desséché avec celui des Alcyons *. II provenait des eaux de la fontaine de Bagnolet, près de Paris. C'est sous cette même dénomination qu'il en est fait mention flans le Dict. des sciences naturelles ( 1 80 i ) 3 . Lamarck recul , plus tard, de ces alcyons iluviatiles provenant de la mare d'Auteuil. Il en a fait le genre alcyonelle, et cette dénomination lui est restée 6 . Lamouroux prétend avoir trouvé ce polype dans les environs deCaen 7 . 1 Nov. comment. Acad. scient. Imper. Petropolitanae , t. XII , 176$. 2 Reaumiir, Mémoires pour servir à Chist. des insectes, U VI, préface. 3 Baek, Abhand. der schwed. Akad., t. VIII. * Encycl. méthod., vers, 1789. 5 Dict. des se. nat., art. alcyon. 6 Hist. nat. des anini. sans verlèbr. Paris, 1 815-1822. 7 Hist. des polijp. corallig., un vol. in-8°. Caen, 1816. 10 68 HISTOIRE NATURELLE Jusqu'alors on ne s'était guère occupé que du polypier, et l'on ignorait complètement l'organisation de l'animal. Un mémoire sur l'histoire naturelle de l'alcyonelle fluviatile fut pré- senté à l'Académie des sciences de Paris, en 1827, par M. Raspail. Il est inséré dans les Mémoires de la Société d'histoire naturelle *. Pour la première fois, l'alcyonelle est soumis à un examen vraiment scientifique. M. Raspail décrit ses principaux organes, il en décrit les œufs avec beau- coup de soins, et l'alcyonelle dégagé de ses enveloppes, se montre assez compliqué pour que l'on songe à lui assigner une tout autre place dans l'échelle animale. Il est presque inutile de répéter que c'est à tort que Raspail avait voulu faire des différences d'âge de l'alcyonelle les diffé- rentes espèces de polypes décrites par les auteurs. Ce qu'il peut y avoir de vrai dans ce rapprochement, c'est que quelques plumatelles des au- teurs ne paraissent être réellement que de jeunes alcyonelles. Meyen 2 et Gervais 5 ont étudié aussi l'alcyonelle et ont enrichi l'his- toire de ces polypes de plusieurs faits importants. Le premier décrit des œufs mobiles dont il a vu sortir les petits , mais c'est à tort qu'il prend des œufs pourvus de coque pour des corps parasites. Plusieurs autres auteurs font encore mention de ces polypes, mais sans signaler de nouvelles observations. CARACTÈRES DU GENRE ALCYONELLE. L'animal est pourvu d'une couronne de tentacules en forme de fer à cheval ; une membrane mince et transparente les unit à la base. Au-dessus de la bouche est une forte languette très-mobile qui la ferme comme un couvercle. Le tube digestif est complet. 11 y a un bourrelet entre la cavité buccale et l'œsophage, et un autre pylorique. L'anus est situé en dessus, du côté où les branchiules rentrent. 1 Hist. nat. de l'alcyon, fluv., Mém. de la soc. d'iiist. nat. de Paris, t. IV. 2 Meyen, Naturgesclrichte der Polypen, Isis, 4828, etlsis, 1830. 5 Dicl. des se. nat., suppl., art. alcyonelle, 1841. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 69 Le polypier se compose, dans le jeune âge, de tubes ramifiés; à l'état adulte, ils sont soudés entre eux et forment des masses compactes. Les parois sont toujours opaques, d'abord jaunâtres, puis, avec l'âge, leur couleur devient foncée. Il prend de la consistance, et sa texture presque cornée le rend facile à conserver. Il peut former des masses du volume de la main. La reproduction a lieu par bourgeons, par embryons ciliés et par œufs à coques. Les bourgeons se développent irrégulièrement. Les véritables œufs sont de forme ovale d'un brun foncé et pourvus d'un bourrelet sans crocbets. L'alcyonelle diffère donc des paludicelles et des frédérieelles par la disposition de ses tentacules en forme de fer à cbeval. Il a de commun avec les frédérieelles, la languette labiale et la membrane à la base des tentacules , mais les branches du polypier sont toujours isolées dans les frédérieelles. Ces trois genres sont donc très-faciles à distinguer entre eux, et il est inutile de s'arrêter plus longtemps aux caractères distinc- tifs. Il se rapproche par ces caractères du genre lophopier, dont il diffère par la présence d'un polypier solide qui manque toujours dans ce dernier. ANAT0MIE ET PHYSIOLOGIE. Système cutané. Nous avons décrit la peau dans les paludicelles, où tous les individus sont isolés. Dans les autres genres, une grande partie de la peau est com- mune à tous, et nous croyons nécessaire d'en donner une description par- ticulière. Ce que nous allons dire de l'enveloppe des alcyonelles sera en grande partie applicable aux frcdéricelles , crislatelles , etc. Nous avons déjà dit, en parlant des paludicelles, qu'il y a dans les po- lypes une lame cutanée interne ou muqueuse qui forme le canal digestif, et une lame cutanée externe qui forme le polypier. 70 HISTOIRE NATURELLE Différentes parties de l'économie animale sont considérées par les plus grands naturalistes de cette époque comme des corps sécrétés ou produits et complètement soustraits à l'action organique de composition et de dé- composition : on place dans celte catégorie les coquilles des mollusques , les polypiers, les dents des animaux supérieurs, etc. Pour quelques-uns, tous ces organes une fois formés, sont abandonnés à eux-mêmes, et l'or- ganisme n'exerce plus aucun empire sur eux. En 1828, M. Milne Edwards en se livrant, aux îles Chaussey , à l'étude des cschares avec M. Audouin, fut conduit, par ses observations, à consi- dérer le polypier de ces polypes, non comme un corps sécrété, mais comme un organe soumis, comme tous les autres, à l'action de l'organisme et en tout semblable aux os. Le mode d'accroissement lui montra l'im- possibilité de former un pareil polypier par juxta-position de dedans en debors. Le célèbre physiologiste traita l'enveloppe calcaire des escbares par l'acide nitrique, et il s'aperçut que la cbarpente calcaire faisait partie intégrante de l'animal, et que l'on ne désignait par le nom de polype qu'une partie de l'animal, c'est-à-dire le canal digestif. M. Milne Edwards soutenait ainsi, depuis celte époque, que le polypier des escbares n'est qu'une partie de la peau incrustée d'un sel calcaire. On a démontré depuis que les dents, ainsi que l'épidémie, sont des corps organisés composés de cellules comme tous les autres organes, et ces observations sur la structure des dents ont été confirmées ensuite par de nouvelles recbercbes. Mais il reste, en tout cas, cette différence entre ces deux sortes d'organes, que les dents sont pourvues de vaisseaux, tandis que l'épiderme en est privé. Schweigger pense que les polypiers ne se forment pas tous de la même manière, et telle est aussi l'opinion de Cavolini, qui a fait beaucoup d'expériences sur ce sujet. Les millcporcs, mtllcpores et madrépores de Lamarck, traités par les acides, laissent un résidu animal, dit Schweigger, tandis que le Lithodendron fastigiahim, YAslrca interstincta , Valveolitcs et quelques autres se dissolvent comme la chaux L 1 Schweigger, Handbuch, p. 528. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 71 Les expériences faites par Cavolini sur les gorgones, le conduisent au même résultat. D'après ceci, nous voyons que l'on aurait tort de généraliser trop vile et d'étendre à tous les polypiers ce que l'on a observé sur quelques-uns. Toutefois, nous croyons pouvoir appliquer à la plupart des genres de polypes d'eau douce ce que nous disons de l'alcyonelle, et le polypier de tous ces animaux sera pour nous l'analogue de la peau ou mieux de son épidémie muqueux. Fieste à voir si, après son incrustation, cet or- gane conserve encore sa vitalité. Nous pouvons considérer la peau comme un sac qui loge dans sou intérieur un ou plusieurs tubes digestifs. Ces tubes digestifs ne sont autre ebose qu'une partie de la peau rentrée. La partie qui unit les deux, con- serve une grande flexibilité, et forme une gaîne pendant la rentrée du polype. On y remarque deux couebes distinctes que l'on reconnaît sur- tout dans cette portion qui forme la gaîne : l'externe est transparente, assez épaisse et formant comme une enveloppe externe; l'interne a plus de consistance et forme le corps de la peau. Nous les considérons comme le derme et l'épidémie. Comme dans les animaux supérieurs, l'épidémie peut s'épaissir et former ici à lui seul le polypier, ou bien il se dépose des sels calcaires dans les interstices du derme, ou bien encore il peut se former un dépôt entre les deux. C'est peut-être là ce qui constitue les différences essentielles entre les polypiers. La peau qui forme la gaîne autour des tentacules jouit d'une flexibilité très-grande. Lorsque le polype s'épanouit, elle lui permet, en se dérou- lant, de s'étendre assez loin, et se replie trois fois sur elle-même quand le polype rentre dans sa loge. C'est elle qui forme l'enveloppe depuis l'ouverture de la loge jusqu'à la base des tentacules. Pendant la sortie du polype , on voit quelques rides transverses à la surface externe et des renflements placés à des distances régulières, ce qui s'aperçoit seulement sur les bords. Cette gaîne passe de la base des tentacules à l'anus, et revient sur elle- même quand le polype est rentré dans la cellule. Cette peau ressemble 72 HISTOIRE NATURELLE exactement à un cordon qui paraît attacher l'anus à la couronne bran- chiale, et au premier aspect, on le prendrait pour un cordon musculaire. L'épiderme est tellement clair et transparent à la surface de la gaîne, qu'il faut une attention particulière pour le distinguer. Avec l'âge il perd sa flexibilité, devient opaque, et, en s'incrustant, finit par former la loge du polype. Aussi on passe insensiblement de celte pellicule mince et claire à la couche colorée et épaisse du polypier. Cet épiderme forme un tube qui s'étend chez les jeunes polypes, au sortir de l'œuf, des valves de la coque à la base des branchiules. C'est alors un tube fermé de tous côtés, et le tout présente une grande analogie avec les ascidies simples. En dedans de ce tube se forment des bourgeons, et de là les ramifications. Celles-ci se serrent les unes contre les autres avec l'âge, et les parois du polypier se composent ainsi de deux couches d'épiderme souvent sou- dées entre elles. Si le polypier présente des formes très-variées, c'est que les bourgeons ne se forment pas d'une manière régulière et symétrique dans un endroit déterminé du corps. Aussi longtemps que le polypier formé par des bourgeons provenant d'un individu est complet, il y a une cavité commune remplie d'un sang commun, et le polypier est fermé de tous côtés. Mais lorsqu'un seul tube vient à se rompre, l'eau extérieure entre, parvient à circuler librement et baigne tout le canal digestif. Ceci ne nuit aucunement aux polypes, qui ne paraissent pas même s'en apercevoir. Système digestif. Le canal digestif est complet. Il est replié sur lui-même comme dans les céphalopodes, mais en sens inverse. L'anus est situé non loin de la bouche, et, comme dans ces derniers mollusques, la bouche est placée au milieu d'une couronne d'appendices. On peut le diviser en cavité buccale, œsophage, estomac et intestin. Les parois se composent, dans toute l'étendue de cet appareil, de deux DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. " couches au moins; l'externe est plus mince que l'autre et agit comme la musculeuse dans les animaux supérieurs. C'est elle qui détermine les mou- vements péristaltiques que l'on observe surtout dans l'estomac. La seconde couche est plus épaisse, légèrement colorée en jaune et représente sans doute le derme. Nous n'avons point remarqué des cils vihratils dans l'intérieur de l'es- tomac des alcyonelles. Aussi la couche musculaire produit-elle des con- tractions péristaltiques assez fortes pour provoquer le mouvement néces- saire aux aliments ingérés. Lorsqu'on examine un polype de face, on aperçoit au milieu des deux rangées de branchiules un mouvement vibralil extraordinaire et qui n'est point produit par les cils des appendices branchiaux. Au milieu de ce mouvement, on découvre une languette ou lèvre supé- rieure très-mobile qui se soulève et s'abaisse de temps en temps. AL Ras- pail ne l'a point observée, et il a aussi mal représenté la bouche, ainsi que l'un de nous l'a déjà fait remarquer. Cette lèvre ou languette sert comme de couvercle à la bouche; son bord libre est dirigé en bas, et par sa base large elle est adhérente au pourtour de l'ouverture. A droite et à gauche se trouve une bride sans doute de nature musculaire, et qui, en se con- tractant, abaisse la languette. Cet organe est garni tout autour de cils régulièrement disposés sur les bords. Au milieu , ils sont courts et dirigés en avant; ils s'allongent insensiblement sur le côté jusqu'à la base, et ils sont courbés de manière à présenter leur côté concave en avant. C'est sans doute de la direction des cils que dépendent les courants dans l'un ou l'autre sens. Ne pourrait-on pas comparer l'action des cils vibratils au raouvemnii de la main, lorsqu'on veut établir un courant dans l'eau en la battant dans le même sens? Il est vrai que les cils agissent dans l'intérieur et non à la surface de l'eau, mais ils reviennent sur eux-mêmes en se courbant, et par là ils offrent moins de résistance. Quand l'organe couvert de cils n'est pas fixé, on comprend qu'il doit tourner lui-même au lieu d'établir un courant. Nous croyons avoir vu un filet nerveux se rendre directement des ganglions œsophagiens à la languette, ce qui pourrait faire regarder 74 HISTOIRE NATURELLE encore cet organe comme étant le siège d'un sens spécial , celui du goût. La cavité buccale commence immédiatement au-dessous de la languette. Les corpuscules qui font la nourriture de l'alcyonelle s'y entassent, et quand la quantité est suffisante, la valvule œsophagienne s'ouvre, et les ali- ments passent tout droit dans l'estomac. Il existe, comme dans le genre précédent, un repli entre la cavité buc- cale et l'œsophage en tout semblable à la valvule du pylore, et qui divise la portion du tube digestif qui conduit les aliments à l'estomac en deux portions égales : la moitié inférieure est l'œsophage. L'estomac a la même forme que les précédents, et nous comprenons à peine comment cet organe, si facile à observer, n'a pas été plus tôt bien décrit dans ces genres. Inférieurement il se termine en cul-de-sac. M. Ras- pail n'a connu que la partie antérieure du canal digestif, c'est-à-dire l'œsophage et l'intestin, mais il a fait connaître la situation de l'anus. Le pylore est situé à côté de l'ouverture œsophagienne. Les parois sont très- épaisses, et l'estomac commence par se contracter en haut et refoule les aliments dans le cul-de-sac, qui, en se contractant, refoule le contenu en avant, et les aliments sont de cette manière régulièrement poussés d'avant en arrière et puis d'arrière en avant, jusqu'à ce qu'Usaient cédé aux parois leur partie nutritive. On aperçoit sur toute la longueur de cel organe des bandes paral- lèles de couleur jaune, mais dont nous ignorons la nature. Nous ne savons si c'est un indice de la présence de cœcums biliaires, au bien si ce ne sont que de simples replis longitudinaux à la surface interne. Mais leur couleur et leur situation paraissent justifier la supposition que ce sont des organes biliaires. L'intestin est situé parallèlement à l'œsophage , comme dans tous ces genres, et il s'ouvre de même en dessus, près de la couronne branchiale; on ne dislingue bien l'anus qu'au moment même où les excréments sont évacués. De même que les aliments s'accumulent dans la cavité buccale avant de traverser l'œsophage, de même les excréments s'agglomèrent dans l'in- testin avant d'être évacués. C'est ce qui fait que les fèces ont une forme DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 75 déterminée qui les a fait prendre déjà pour les œufs de ces animaux. Nous avons vu souvent qu'en expulsant par la pression les aliments contenus dans l'intérieur de l'estomac, ceux-ci étaient entourés d'une membrane mince et transparente au milieu de laquelle ils étaient sujets à un léger mouvement. Nous n'en comprenons aucunement la signification, et nous nous bornons à constater le fait. On peut dire que ces animaux se nourrissent de toutes les particules organiques suspendues dans l'eau au milieu de laquelle ils vivent. M. Raispail a reconnu parmi les infnsoircs qui servent d'aliments aux alcyonelles le Triclwda bomba, volvox , cjonium , etc. 11 y a au milieu du jardin botanique de Louvain, un étang où fourmillent des bacciltaircs. On y trouve surtout le Tessararthra filiformis; il donne à l'eau une teinte verte. Les fèces des alcyonelles qui proviennent de là sont uniquement composées de ces êtres, et l'on n'y voit guère de chan- gement lorsqu'ils ont traversé le tube digestif de ces polypes. Chez des individus d'autres localités , on trouve des infusoires qui donnent aux fèces une tout autre teinte. Nous y avons reconnu des Navicules, le Gomplwnema facile, le Syncclra ulna, etc., etc. Lorsqu'on mêle un peu de carmin à l'eau dans laquelle ils vivent, on voit en quelques instants leur cavité buccale et leur estomac remplis de cette substance colorante, et, au bout de deux ou trois heures, ils rendent des fèces de cette couleur. Ils consomment une prodigieuse quantité d'aliments, et c'est ce qui rend compte de la difficulté que l'on éprouve de les conserver en vie pen- dant quelque temps. On doit renouveler très-souvent l'eau et avoir soin (pie celle qu'on leur donne ne soit pas trop pauvre d'aliments. Il faut, de plus, une eau fraîche pour que la respiration ne soit point entravée. Système resjriraloire. La fonction de respiration s'effectue à l'aide des appendices nommés tentacules. Ils entourent la bouche en formant un fer à cheval. La bouche est située au milieu des deux rangées de branchiules. H 76 HISTOIRE NATURELLE Les tentacules ont tous à peu près le même calibre, el il n'y a guère entre eux de différence , que dans la longueur. Les plus longs se trouvent en dehors, en dessous ou au devant de la bouche; les plus courts sont opposés à ceux-ci et se trouvent au fond de la partie rentrée. Ils ne peuvent point se contracter comme les bras des hydres, quoi qu'on en ait dit, et tous leurs mouvements consistent à se fléchir un peu en dehors ou en dedans; mais ils ne sauraient se raccourcir. Les bran- chiules tendent à s'enrouler sur elles-mêmes aussitôt que le polype perd de ses forces. Elles sont raides et tendues dans le cas contraire. Lorsque l'animal est dans un repos complet, ses tentacules externes se retournent gracieusement en dehors , pendant que la rangée interne se dirige en dedans vers celle du côté opposé. Ces deux dernières forment une nef en ogive. Le nombre de tentacules nous paraît variable dans les acyonelles. On en compte de quarante-deux à quarante-six dans l'espèce qui a servi pour ce travail. Dans quelques-unes, nous en avons vu de cinquante à soixante. On en voit treize en regardant l'alcyonelle de profil , et on en compte de chaque côté neuf dans la rangée rentrée. Les branchiules sont creuses dans toute leur longueur. Un liquide qui fait les fonctions du sang pénètre jusqu'au bout et communique directement avec la grande cavité du corps. On peut voir distinctement le liquide chargé de corpuscules circuler jusqu'à la base des branchiules ; mais on ne voit point de mouvement dans l'intérieur, parce qu'il est probable que le liquide dépose ses globules avant de pénétrer. Tous les tentacules sont liés à leur base par une membrane très-mince et transparente que l'on pourrait nommer interbranchiale. Cette membrane est un peu plus longue que la distance entre les branchiules, ce qui fait qu'elle est bombée en dehors. 11 est probable qu'elle a pour usage de mieux entourer les infusoires, etc., qui sont attirés par le tourbillon. M. Raspail n'a point connu cette membrane interbranchiale, et la présence des cils vi- bratils sur les tentacules a été niée par lui. Rien n'est cependant plus facile à observer, pourvu toutefois que l'on se serve d'un grossissement suffisant. Chaque branchiule est garnie sur toute sa longueur de cils vibratils, qui DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 77 ont jusqu'à la moitié du diamètre des branchiules. Nous n'avons point re- marqué de différences entre les cils de la base au sommet, et il nous a semblé que tout le pourtour en est bérissé. M. Dugès * croit, sur l'autorité de Raspail, que les tentacules sont unis et dépourvus de cils dans l'aleyonelle; mais sans aucun doute, ce fidèle et laborieux observateur n'a pas vu lui-même ces animaux. Il se serait bien assuré au premier coup d'œil de l'existence de ces organes. D'après ce que nous apprend M. Milne Edwards, dans son travail sur les eschares, M. Dutrocbet, qui aurait étudié ce pbénomène cbez divers polypes d'eau douce, l'attribuerait à une membrane plissée dont les mou- vements seraient ondulatoires 2 . Si on examine une brancbiule isolée à un grossissement de trois ou quatre cents fois le diamètre, le contour n'est pas aussi régulier qu'il le paraît d'abord. Le côté est écbancré de distance en distance, et la bran- cbiule est divisée en autant d'anneaux qui lui donnent quelque apparence avec un annelide. Les cils des brancbiules agissent-ils de concert avec les cils de la bouche pour attirer les aliments vers la cavité digestive? Nous ne le pensons pas. Ces cils nous semblent agir dans un but bien différent. Les uns appar- tiennent à la fonction de l'alimentation et remplacent les organes de pré- hension : ce sont ceux de la languette et de la bouche; tandis que ceux des branchiules agissent pour établir un courant et pour renouveler l'eau nécessaire à l'acte respiratoire. 11 serait, en effet, fort difficile aux bran- chiules qui sont placées à l'extrémité du fer à cheval d'agir en faveur de l'alimentation. Elles sont beaucoup trop éloignées de la bouche pour leur supposer ce double emploi. Comment le liquide dans l'intérieur du tube capillaire des branchiules se renouvelle-t-il? C'est ce que nous ne savons pas encore, mais ils com- muniquent avec les bras. 1 Dugès, Physiologie, t. II, p. 546. 2 Annales des sciences naturelles , 2 e série, t. VI, p. 22. 78 HISTOIRE NATURELLE Système circulatoire. Parmi le grand nombre d'auteurs qui ont parlé, dans ces derniers temps, de l'organisation des polypes, il n'y en a que quelques-uns qui ont refusé la circulation à ces animaux. Cavolini i , Mùller 2 , Meyen 5 et Lister 4 ont observé ce phénomène dans les sertulaires, et, en 1828, Heyden a publié une notice dans l'Isis sur la circulation qu'il a observée dans les bras de la Plumalella cristata s ; Treviranus 6 et Grant 7 admettent aussi une circulation dans les polypes. K. Wagner avait dit d'abord que l'observation la plus attentive ne lui avait pas permis d'apercevoir une circulation ni dans les polypes d'eau douce ni dans les marins 8 . Mais depuis, il a vu dans le Veretilhan , le li- quide qui entoure l'estomac se porter en avant dans les bras par le secours des cils, et puis revenir sur ses pas 9 . M. Raspail, dans son beau mémoire sur l'alcyonelle, ne fait point men- tion de ce phénomène, quoiqu'il soit facile à observer chez ces polypes. 11 suffit de se servir d'un grossissement suffisant et de choisir un individu convenable. Mais avant d'aller plus loin, il convient, croyons-nous, de nous arrêter un instant sur quelques points qui sont encore en litige. Le liquide que l'on voit se mouvoir autour du canal intestinal et jus- qu'à la base des branchiules, est-ce un liquide propre, analogue au sang des animaux supérieurs? Le mouvement que l'on y observe constitue-t-il le phénomène de la circulation? Voilà deux questions qu'il serait impor- 1 Cavolini , Mém. per servire ail. stor. nat. Napoli , 1 785. 2 Zool. Dan., vol. III, p. 62. 5 Meyen, Aet. nat. curios., vol. XVI. * Litler, Lond. and Edinb. philnl. Mag. Mai 1834. 5 Heyden, Isis, 1828, p. 505. 6 Treviranus, Erscheinungen und Gesetze des organischen Lebens. 1 Outlines ofeompar. anatomij. 8 Lehrbuch der vergl. Anat., 1. 1, p. 154. 9 R. Wagner's Physiologie, p. 179, el Icônes anatom, tab. XXXV. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 79 tant de discuter d'abord. En effet, Nordmann, qui a vu la circulation dans le genre paludicelle, la compare à la circulation des Chara '. Car us regarde le liquide en mouvement pour de l'eau claire introduite du de- hors 2 ; Cavolini pense que la circulation est la même que celle des ani- maux supérieurs et que c'est du sang qui circule. L'un de nous a soutenu que c'est un liquide propre, analogue au sang. Comme on le voit, il règne une grande divergence d'opinions parmi les observateurs. Le phénomène de la circulation a-t-il lieu du moment qu'il y a un li- quide en mouvement dans l'intérieur du corps, et ce liquide qui se meut est-il par cela même analogue au sang? Il est vrai qu'il y a dans un grand nombre d'animaux aquatiques un liquide qui circule dans des vaisseaux propres, et qui diffère totalement du sang. Les vaisseaux aquifères en fournissent un exemple : on les trouve dans les poissons, les mollusques et les radiaires, et il est clair que chez les premiers, ils sont entièrement indépendants du système vasculaire. Ce liquide, dans ces cas, n'est pas plus du sang que l'air qui circule dans l'intérieur des trachées chez les insectes. Cette distinction est nette dans les poissons, mais elle l'est moins dans les mollusques et bien moins encore dans les radiaires, car il n'y a plus de différence. En effet, comme les organes se simplifient et que les fonc- tions se confondent à mesure que l'on descend dans la série animale, de même le liquide chargé de colporter l'élément nutritif, et qui est de trois sortes dans les animaux supérieurs, n'est plus même un liquide propre dans les animaux très-simples. Le sang des vertébrés perd sa couleur et ses différentes qualités physiques et chimiques. Les globules qu'il con- tient n'offrent plus de régularité dans les formes , et lorsque les vaisseaux ont disparu, l'eau du dehors vient remplir les fonctions du sang et devient son analogue physiologique. Ce raisonnement nous fait concevoir la possibilité de substituer de l'eau à du sang; et la série animale va nous fournir des exemples des mo- difications que le sang subit, d'abord en se mêlant avec de l'eau, en per- 1 Mikrograph. Beitrage. 2 Carus , Anal. comp. et Tab. illuslr. 80 HISTOIRE NATURELLE dant successivement ses principales qualités physiques et chimiques, et eniin, en se faisant remplacer par le liquide ambiant. Dans les mollusques céphalopodes, les veines caves sont pourvues d'ap- pendices spongieux qui livrent passage à tout liquide contenu dans l'in- térieur. Ces veines sont flottantes dans une cavité remplie d'eau qui entre par une ou deux ouvertures situées au milieu de l'abdomen. Ces ouvertures communiquent avec le sac branchial. L'eau qui entre dans le sac branchial pénètre dans la cavité où flottent les veines, et, par leurs appendices, elle doit pouvoir entrer dans les veines avec autant de facilité que le liquide contenu en sort. C'est le premier exemple du contact du sang avec l'eau et de leur mélange. Une autre disposition tout aussi anomale en apparence, et qui n'a pas non plus reçu d'explication, nous est fournie par les aplysies. On sait que Cuvier n'osait pas d'abord l'imprimer, tant il craignait de s'être trompé. Les veines caves communiquent directement avec la cavité abdominale, et l'extrémité antérieure de ces deux gros vaisseaux se confond même abso- lument avec la grande cavité générale , dit Cuvier. Ces mollusques ont la cavité abdominale remplie d'eau. Elle entre du dehors, soit par des canaux aquifères très-fins, soit par imbibition. Si on laisse mourir les aplysies dans un vase rempli d'eau, le corps se gonfle au delà de l'état normal, et en faisant une incision dans la veine bran- chiale, on voit s'écouler tout le liquide qui gonflait le corps, même celui qui remplissait la cavité viscérale. Le liquide des vaisseaux s'écoule de même lorsqu'on ouvre l'abdomen, par une incision dans la peau. Nous voyons donc là une communication directe et un passage évident vers la disposition des polypes. Tout le liquide n'est plus contenu dans des vaisseaux, et l'eau vient se mêler avec le sang. Le canal intestinal est entouré d'une masse do liquide qui pénètre du dehors à travers la peau, et qui suit le torrent circulaire. Il y a cette différence seulement que les lames branchiales des aplysies prennent dans les polypes la forme de tentacules, et que le cœur est rem- placé cbez les polypes par les cils vibratils. L'organe que Bojanus a désigné sous le nom de poumon dans les ana- DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 81 dontes, pourrait bien encore se trouver dans la même catégorie, et être destiné à conduire l'eau du dehors dans le torrent circulatoire. Dans les polypes, l'espace qui existe entre le tube digestif et la peau ex- terne est la cavité péri-intestinale. Elle est remplie d'un liquide qui s'étend jusqu'au sommet des tentacules, et que ce soit de l'eau pure ou modi- fiée, il n'est pas moins semblable à celui qui entre dans le système vascu- Iaire des aplysies. Nous croyons donc devoir regarder le liquide des polypes comme analogue au sang des animaux supérieurs, et le mouve- ment que l'on y observe comme représentant la circulation. S'il pouvait rester quelque doute encore sur la nature du liquide qui remplit l'espace autour du tube digestif, l'anatomie de Xalcijonide va le lever. M. M il ne Edwards a fait voir dans ce genre de polype que l'estomac chez plusieurs individus est ouvert à sa partie inférieure et communique avec l'estomac du voisin ; que, de plus, le liquide peut passer de l'estomac autour de cet organe, entre lui et la peau au milieu des lamelles qui le tiennent en respect, et que de là cette cavité s'étend jusqu'à la pointe de chacune des dentelures que l'on observe sur les tentacules 1 . Il n'est donc pas étonnant que, dans certains polypes, cette cavité ait une communication avec le liquide extérieur, puisque la cavité abdominale des aplysies en a déjà, et si même ce liquide, qui circule autour du tube digestif, est de l'eau, nous ne devons pas moins le considérer comme l'analogue du sang ; mais ici la communication n'existe pas. Quelles sont les qualités requises pour être du sang? Pour les animaux supérieurs, la réponse devient fort facile: mais il n'en est pas de même dans les animaux inférieurs. On ne peut plus lui assigner aucun caractère physique pour le reconnaître. Ce sera donc un liquide quelconque chargé de charrier l'élément nutritif. Le sang ne doit servir que de véhicule pour porter à chaque organe son nécessaire, et pour rapporter son superflu. Puisque tous les organes se réduisent dans les animaux inférieurs , que l'alimentation, la respiration et la circulation ne constituent plus, chez 1 M. Edwards, Anna, des se. nat., 2 e série, t. IV. 8-2 HISTOIRE NATURELLE quelques-uns, qu'un seul phénomène, nous n'hésitons pas à regarder la substitution de l'eau au sang comme possible, et nous ne pouvons nous empêcher d'y voir un liquide analogue au sang, d'autant que ce liquide circule comme ce dernier. D'après la situation du liquide, les modifications de l'appareil circula- toire dans la série et la facilité avec laquelle on se rend compte de plu- sieurs phénomènes jusqu'ici inexpliqués, nous croyons devoir admettre le liquide comme l'analogue du sang, et son mouvement comme représentant le phénomène de la circulation. Pour comprendre la circulation, il faut que nous nous fassions d'abord une idée de la cavité dans laquelle nous voyons se mouvoir le liquide. Il n'y a point ici de traces de vaisseaux. Entre le tube digestif et l'enveloppe externe, il y a un espace rempli d'un liquide blanc, limpide comme de l'eau, et qui est en contact de tout côté avec les différents organes. Sup- posons un animal supérieur, dégagé de tout ce qui se trouve entre le tube digestif et la peau externe, et laissant par-ci par-là un organe isolé, quel- ques muscles flottants dans la cavité, cet espace sera rempli d'un liquide, et nous avons une idée parfaite de ce qui se voit chez les polypes compo- sés d'eau douce. C'est une cavité close de toute part lorsque les deux premiers indivi- dus d'une colonie se forment. Mais comme la reproduction principale a lieu par gemmes, et que ces gemmes se développent à la face interne de la peau, le canal digestif du nouvel individu formé vient flotter aussi dans la même cavité des précédents. Ce dernier individu donne naissance à de nouveaux bourgeons, qui se développent de même, et la même cavité reçoit toujours la cavité digeslive; de celte manière, tous les individus qui procèdent d'une même souche ont une peau et une cavité commune dans l'intérieur de laquelle se meut un liquide qui appartient à la fois à tous les individus de la même famille. Nous avions cru voir d'abord des ouvertures ou des bouches aquifères à la base des tentacules, mais nous nous sommes assurés que ces bouches n'existent point, et que nous avions été induits en erreur. L'espace qui se trouve entre les cordons musculaires qui se rendent aux tentacules et qui DES POLYPES COMPOSES D'EAU DOUCE. 83 est couvert d'une peau mince, nous en avait imposé; nous ne connassions donc rien que nous puissions comparer à une bouche aquifère. L'eau du dehors pénètre, ou par imbibition, comme cela a lieu probablement chez les aplysies, ou bien, accidentellement, par la partie inférieure des tubes du polypier. Mais cependant la cavité commune est souvent en com- munication avec l'extérieur, et l'animal n'en souffre aucunement. Voici de quelle manière. Plusieurs individus sont placés de distance en distance sur une branche polypiaire et proviennent tous du premier individu situé d'abord à la base. Aussi longtemps que ces individus sont en vie et que le polypier n'est pas mutilé, la cavité intérieure est close. Mais si l'on coupe la branche dans son milieu, on détruira nécessairement la peau, et celle-ci doit laisser une ouverture qui communique au dehors. L'eau peut entrer librement, et comme les individus continuent à croître, et ne paraissent aucunement gênés de cette lésion et de cette nouvelle communication, on est tout tenté de croire que le liquide qui se meut dans l'intérieur est de la même densité que l'eau. On voit quelquefois des corps étrangers en assez grand nombre et de différentes dimensions flotter dans l'intérieur et suivre le courant commun. Nous y avons vu jusqu'à des débris d'animalcules et des fragments de ten- tacules de polypier. Nous devons supposer aussi que c'est par un moyen semblable que les vers, dont nous parlerons à la fin du mémoire, s'intro- duisent dans l'intérieur de cette cavité. Au milieu du liquide nous avons remarqué, dans un genre voisin à po- lypier transparent, des globules tantôt simples, tantôt agglomérés et qui suivent le courant. Jouent -ils un rôle particulier dans le phénomène de la circulation ou de la reproduction? C'est ce que nous ne savons pas. Toutefois il nous paraît que ce sont les mêmes globules que l'un de nous, M. Dumortier, a cru devoir regarder comme le commencement des bour- geons au moyen desquels le polypier se ramilîie. Le liquide intérieur sera donc le véhicule pour porter la nourriture aux différents organes éloignés. Il est probable que les parois du canal digestif se nourrissent directement. 12 84 HISTOIRE NATURELLE La grande cavité dont nous venons de parler s'étend, dans chaque animal, non-seulement dans les deux bras et tout autour du canal di- gestif et de l'appareil générateur, mais encore elle pénètre dans chacun des tentacules, et le liquide s'introduit jusqu'au sommet de cet organe. Les endroits où l'on voit le mieux le liquide intérieur se mouvoir sont : l'espace qui se trouve entre la bouche et l'anus, ainsi qu'au pour- tour des organes générateurs. On ne peut pas dire que ce sont des courants réguliers, car on voit souvent, surtout près de l'œsophage, le liquide tournoyer. Dans l'épais- seur des bras, on voit des molécules précipités avec force jusqu'au fond, revenir brusquement sur leurs pas, puis retourner, et ainsi on aperçoit un ballottement qui dure quelquefois assez longtemps. Nous n'avons pas vu de globules s'introduire dans l'intérieur des tentacules. La cause de ce mouvement se devine facilement : les cils vibralils pro- duisent ce genre de mouvement dans les liquides. Grant avait déjà sup- posé depuis 1827 ! que des cils se trouvaient dans l'intérieur; mais depuis deux ans, nous nous en sommes assurés d'une manière positive. Ces cils se trouvent aussi bien sur la surface du canal digestif, du côté du liquide, qu'à la face interne de la peau. En 1859, dans la note que l'un de nous a publiée sur les polypes 2 , il a fait mention de cils dans l'intérieur du corps, comme déterminant le mouvement du liquide. M. Milne Edwards vient d'en observer à la face interne des vaisseaux chez les béroés 5 . D'après J. Muller, la découverte des cils vibralils comme cause du mouvement du liquide chez les animaux inférieurs en général, est due à Siebold. 1 Grant, Tlie new Edinb. phil. Journal. Juny , 1827, et the Edinb. Journal of science, n" XV. p. 104. 2 Bulletin de l'Académ. de Bruxelles, tom. VI. 5 Journal de l'Institut, n° 324 , 12 mars 1840 , Ann. des se. nul. , 1840. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. Système nerveux. Je ne serais pas étonné que quelques anatomistes exprimassent du doute sur la présence du système nerveux dans ces animaux ; il faut les étudier pendant assez longtemps et dans toutes les positions avant d'être convaincu de l'existence de ce système. On voit facilement les ganglions lorsque le polype est épanoui et qu'il se montre de profil, ou plutôt les branches du fer à cheval un peu diri- gées en haut; mais il est d'autant plus difficile de le découvrir sur le po- lype vu de face. Ceci nous avait même fait douter un instant. Cependant, à force de chercher et d'examiner des individus de différents âges et dans toutes les positions, nous sommes parvenus à nous en faire une bonne idée. Nous avons déjà dit que l'honneur de celte découverte appartient à l'un de nous, et nos communes observations ne font que la confirmer. Le système nerveux se compose dans ce genre de ganglions, de com- missures et de nerfs. Les ganglions, au nombre de deux, sont situés au-dessus de la cavité buccale, derrière la languette. Une commissure assez large les unit supérieu- rement l'un à l'autre. Ils sont transparents et d'un aspect légèrement jau- nâtre lorsqu'on les regarde de côté. Nous croyons avoir vu une autre commissure passer autour de la cavité de la bouche, et former un anneau œsophagien complet. Les muscles longs rétracteurs se divisent tout près des ganglions et re- çoivent un même filet nerveux. De chaque ganglion part un autre filet nerveux qui se dirige en avant vers la languette et en fait peut-être un organe de sens. Un dernier filet part de la partie postérieure du ganglion et se rend à l'œsophage. Lorsque l'alcyonelle est retiré de sa loge, nous n'avons plus rien pu distinguer de ce système. 86 HISTOIRE NATURELLE Système musculaire. Les muscles sont nombreux et plus compliqués que dans les genres précédents. Us sont séparés 1rs uns des autres et agissent en conséquence. Chaque muscle se compose de fibres accolées et non réunies. C'est ce que l'on voit très-bien lorsqu'on a détaché un polype de sa loge. Autant il y a de fibres, autant on voit de cordons flottants. On le voit de même dans les individus contenus encore dans leur loge, lorsque le polypier est assez transparent. Dans quelques individus, de longs vers, dont nous par- lerons à la fin, entouraient la cavité digeslive, et passaient à travers les muscles en écartant leurs fibres. Chaque fibre consiste dans un cordon blanc et transparent ; avec le plus fort grossissement, on ne distingue rien dans l'intérieur; elle a un peu moins de 0""",01 de largeur. Les deux muscles principaux sont les longs rétracteurs que nous avons déjà signalés dans les genres précédents. Ils présentent, à la partie supé- rieure, une différence assez notable chez les alcyonelles. Ils sont au nombre de deux, l'un à droite et l'autre à gauche, et s'étendent depuis la couronne branchiale jusqu'au fond de la loge. Les fibres qui composent ces muscles sont libres dans une grande partie de leur étendue. A la base des branchiales, elles s'unissent, et le muscle se divise là en deux fais- ceaux : l'un se rend au-dessus, dans la branche du fer à cheval, l'autre se rend en dessous, aux branchiules qui entourent la bouche. Ces muscles reproduisent aussi dans leur partie antérieure la forme du fer à cheval. Ils suivent dans toute sa longueur les deux bras, et ils en- voient dans chaque branchiule un filet musculaire distinct. De ce même muscle se détache, vers l'extrémité antérieure de l'œso- phage, un faisceau de fibres qui s'insèrent sur ses parois. Lorsqu'on a déta- ché un polype de sa loge, on voit ces fibres musculaires flotter autour de l'œsophage. Ces muscles passent de deux côtés, le long du canal digestif et de l'ap- pareil générateur, en formant une sorte de gaîne. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 87 Il y a quelque différence dans ees deux cordons : ils ne s'insèrent pas en bas à la même hauteur, et la direction de leurs fibres varie de même un peu. Us commencent eu haut au même endroit, mais en bas ils s'écar- tent fortement l'un de l'autre. Si Ton examine de face, à un grossissement de trois ou quatre cent fois le diamètre, un des bras qui portent les tentacules, on voit un faisceau dans le milieu, qui n'est que la terminaison antérieure du grand rétracteur. 11 part à côté et un peu au devant du ganglion cérébral un faisceau musculaire qui s'étend jusqu'au bout du bras, et qui envoie sur toute sa longueur une fibre musculaire à droite et à gauche à chacun des tenta- cules. Ces fibres tenlaculaires se fondent dans les parois de cet organe. C'est à cette disposition que les polypes doivent la faculté de replier un tentacule séparément, et, par la contraction de tout le muscle, de rap- procher tous les tentacules simultanément. M. Gervais a vu dans les cristatelles deux fibres musculaires distinctes se rendre à chacun des tentacules '. Ce faisceau musculaire s'amincit vers le bout lorsqu'il a fourni toutes les fibres aux tentacules. A sa base, ou au point d'où nous l'avons fait partir, il envoie un même cordon, au devant de la commissure cérébrale, à son congénère du cûté opposé, et puis un autre cordon, en avant et au-dessous, à la languette labiale. C'est lui qui donne cette grande mobilité à cet organe. Ainsi, en même temps que les muscles rétracteurs agissent, l'impulsion est communiquée à tout le fer à cheval; les branchiules se rapprochent, et le tout rentre dans la loge avec la rapidité de l'éclair. C'est dans un seul temps que tous ces mouvements ont lieu. A l'extrémité antérieure du polypier, chaque loge conserve de la flexi- bilité dans le derme et dans l'épidémie, et les parties peuvent se replier de manière à mettre l'animal dans une sécurité parfaite. II se trouve dans cette partie du corps plusieurs faisceaux musculaires isolés, mais que nous pouvons réunir dans une seule catégorie. 1 Gervais, Dicliann. suppl., art. Alcvoselle. 88 HISTOIRE NATURELLE Lorsque l'animal est simplement rentré, la peau forme un léger repli en dedans, et elle présente à l'extérieur la forme d'un mamelon. Sur toute l'étendue de la peau rentrée, entre elle et la peau externe, se trouvent tout autour des brides musculaires de distance en distance. A l'endroit où le repli cesse en dedans, les cordons musculaires sont plus forts et disposés, à une égale dislance, tout autour sous forme de couronne. Ces derniers muscles, par leur contraction, retirent au fond delà cellule tout le mamelon, et ils agissent dans les moments où le polype est sérieu- sement inquiété. Les autres ou les premiers, agissent différemment, selon leur point d'appui, en dedans ou en dehors. Dans le premier cas, ils agissent dans le même sens que la grande couronne de muscles et font rentrer la peau; dans le second cas, la peau interne est rapprochée de l'externe, et, en s' écartant au milieu, prépare l'ouverture qui doit livrer passage à l'animal lorsqu'il veut s'épanouir. Ainsi, ces derniers faisceaux musculaires agissent, selon que le point d'appui est en dedans ou en dehors, comme extenseurs ou rétracteurs. Quand on retire un individu de sa loge, on voit des cordons muscu- laires nombreux sur l'estomac et sur l'œsophage; mais comme les parois de la loge sont opaques chez les alcyonelles, nous ne connaissons pas les autres attaches de ces cordons, et nous ignorons s'ils sont rétracteurs avec les grands cordons, ou bien s'ils s'insèrent plus haut pour opérer l'ex- tension. Système reproducteur. Les alcyonelles ont, comme les autres genres de polypes, deux modes de reproduction : 1° par bourgeons et 2° par œufs. Nous n'avons pas grand'chose à dire du premier mode de développe- ment. Nous pouvons renvoyer pour cela au genre paludicelle. Seulement nous ferons remarquer les différences qui existent entre ces deux modes de reproduction. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 89 Dans les paludicelles, les bourgeons se forment toujours dans un endroit déterminé, d'où résulte la forme régulière et constamment la même du polypier. Dans le genre alcyonelle, ils se développent avec beaucoup moins de régularité. Vers l'extrémité antérieure de la loge, les jeunes bourgeons poussent plusieurs à la fois, au point qu'on en voit quelquefois trois ou quatre à côté l'un de l'autre et à des degrés différents de développement. Ces bourgeons se forment en dessous du derme. Les bourgeons poussent en dehors en soulevant 1'épiderme dans les paludicelles, tandis qu'ils se développent plutôt en dedans chez les aleyo- nelles, et dans le même sac on voit plusieurs tubes digestifs. Nous devons faire remarquer que, dans ce genre, il y a une différence dans le jeune âge et l'âge adulte. Les premiers individus qui sortent de l'œuf ne sont pourvus que d'un ou de deux bourgeons à l'extrémité du tube, et par là le polypier se ramifie d'abord. Plus tard , ou dans les individus plus âgés , de nouveaux bourgeons se développent avec plus d'irrégularité et en plus grand nombre, et le polypier, au lieu d'être ramifié, présente un aspect de balai, parce que les différentes loges sont serrées les unes contre les autres. Le travail intérieur a lieu comme dans les paludicelles; aussi nous ne nous y arrêterons pas. Reproduction par œufs. Dans le premier mode de reproduction dont nous venons de parler, l'em- bryon naît de la peau. Dans la reproduction ovipare, il y a un organe par- ticulier qui lui donne naissance. Au cul-de-sac de l'estomac pend un appendice de forme variée, selon le degré de développement du contenu. C'est l'ovaire ou le testicule. Nous avons même cru voir dans quelques individus la réunion de ces deux organes sexuels. Cette différence dans la nature de l'organe sexuel nous a fait dire qu'il y a chez les alcyonelles des mâles et des femelles, et la réunion des deux 90 HISTOIRE NATURELLE organes dans un seul individu y ajoute encore une troisième sorte d'in- dividus ou des hermaphrodites. Nous avons donc ici une répétition de la disposition des plantes de la vingt-troisième classe de Linné : des mâles, des femelles et des hermaphrodites réunis sur un même pied. Les œufs sont, en outre, de deux sortes : les uns sont pourvus d'une membrane cornée solide et d'un bourrelet; ils se trouvent dans la dis- position des œufs ordinaires. L'antre sorte a le même volume, mais, au lieu de coque et de bourrelet, la surface du corps est hérissée de cils à l'aide desquels il nage librement; ce sont, à proprement parler, des em- bryons nus. Nous parlerons d'abord du testicule, puis de l'ovaire, et après cela, des œufs mobiles ou ciliés. Organe mâle ou testicule. Au milieu de l'appendice de l'estomac se forme une cellule au milieu de laquelle il s'en développe rapidement plusieurs autres. C'est le testicule qui présente alors l'aspect d'un ovaire, et qui pourrait bien avoir été pris déjà pour tel. Dans chacune de ces cellules secondaires, il se développe encore plusieurs autres cellules, et ce sont elles qui deviendront les sper- matozoïdes. Ces cellules sont arrondies et contiennent un nucule au centre. Dans plusieurs cas, en examinant avec beaucoup d'attention, on voit deux cellules emboîtées et le nucule au milieu. D'un côté, la cellule s'allonge en formant un appendice, un filament, et le prétendu animalcule sperma- lique est formé. Les deux premières cellules se rompent, et les sperma- tozoïdes nagent librement. Quelquefois la cellule secondaire résiste plus longtemps que la première, et une grande cellule, bérissée d'autant de filaments qu'il y a de spermatozoaires, nage librement dans l'intérieur. Nous en avons vu qui avaient tout à fait l'aspect des Ophiures, et où quatre à cinq individus étaient encore pourvus de leur spernioderme; les fila- ments se mouvaient comme les bras de cet échinoderme, et leurs corps réunis formaient le disque central. Ainsi, les spermatozoïdes des polypes présentent la forme ordinaire. DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 91 Ils se composent d'un disque auquel on a donné le nom de corps, et d'un prolongement filamenteux ou la queue. (Voyez les différentes figures, pi. \,fig. 2, 2 a "'.) M. Raspail donne la ligure d'un alcyonelle retiré de sa loge, pi. XIII, fig. G, et autour des œufs duquel sont représentés des corpuscules sem- blables pour leur forme à des spermatozoaires. 31ais on voit clairement par le texte (pag. ÔG) et par l'explication des planches, que ce ne sont pas des spermatozoaires que ce savant a cru représenter. Je doute, du reste, qu'à ce grossissement on puisse les observer. M. Favre en a observé dans deux genres marins, le Valkeria et le Ualo- daclylus. Il les représente dans la loge et isolés, mais le naturaliste an- glais les regarde pour des cereaires '. C'est Norduiann qui a parlé le premier des zoospermes chez les poly- pes. Le savant professeur d'Odessa communiqua ses observations à l'Aca- démie des sciences de Paris, sur un genre marin ( Tendra zoslerieula), presque en même temps que l'un de nous faisait ses observations à Louvain, sur l'al- cyonelle. Il est vraiment étonnant que l'on ait d'abord reconnu ces corpus- cules dans les polypes marins, qu'on est si rarement à même de bien ob- server, tandis que nous sommes entourés de polypes chez lesquels la démonstration de ces corps est très-facile. D'après la planche que M. Nordmann a publiée sur le Tendra zoslericola, on est porté à croire que l'auteur n'a pas connu la situation du testicule. Nous avons signalé la place que cet organe occupe, et M. Milne Edwards vient de retrouver le testicule à la même place, c'est-à-dire derrière l'es- tomac, dans un autre genre marin (DetidrophyUie) -. Nous venons de recevoir un travail de C.-T. Von Siebold r> , dans le- quel l'auteur parle des œufs de la Plumatella campanulata. Il a observé dans ces œufs la vésicule de Purkinje et une double tache germinalive. Les œufs étaient entourés de spermatozoaires. Ce travail est imprimé en 1859, la même année que nous avons publié nos observations. 1 Philotophical transactions, iHôl , Observations on the minute structure , etc., pi. XXIII, pg. .">. 2 Milne Edwards, Afin, des se. nat., vol. XIII, 2 e série, p. !96. 5 C.-T. Von Siebold, Beitrâge zur Nalurgeschichte , etc. Danzig, 1839. 13 92 HISTOIRE NATURELLE Quelle est la signification des zoospermes et quel est leur rôle dans l'acte de la fécondation? Ce sont deux questions importantes, niais qu'il n'est pas facile de résoudre, surtout la dernière. Comme nous le verrons tout à l'heure, les zoospermes, quant à leur origine, nous paraissent analogues aux vésicules ou globules vitellins. Ils apparaissent de la même manière dans une grande cellule. Dans l'organe mâle, chaque cellule se prolonge d'un côté pour former ce que l'on a ap- pelé la queue , et elle devient libre. La cellule caudée nage au milieu d'un liquide qui la transporte vers l'œuf pour opérer l'acte de la fécondation. D'après ceci, le zoosperme perd donc son caractère d'animalité; on ne peut plus le considérer comme un parasite de la liqueur spermatique sem- blable aux entozoaires qui vivent aux dépens d'autres organes de l'écono- mie. Ce n'est qu'une dépendance, un organe de l'appareil de fécondation. Le spermatozoaire se développe comme tous les tissus des deux règnes , et procède d'un nucule qui s'entoure d'un noyau et d'une cellule. Quant au rôle que ces prétendus animalcules jouent, nous n'avons point d'observations à mettre en avant , et nous n'aimons pas à faire intervenir l'hypothèse pour compléter l'histoire mystérieuse de la fécon- dation. S'il est évident que les caractères physiques du père et de la mère se transmettent, dans les animaux supérieurs, aux enfants, et que l'un contribue autant que l'autre à la reproduction , nous ne pouvons pas plus comprendre comment le zoosperine transmet le caractère du mâle que le fluide qui le charrie; et il est tout aussi difficile de concevoir comment la cellule primitive de l'œuf puisse conserver dans la suite du développement les caractères particuliers à la femelle. C'est la limite de nos investigations. Nous connaissons la partie matérielle, comme dans le phénomène de la vision et de l'audition; mais nous ne pouvons aller au delà. Est-il étonnant que nous nous trouvions ainsi arrêtés , lorsque le chimiste et le physicien lui-même ne dépassent point ces bornes dans la nature inorganique? Organe femelle ou ovaire. — Les œufs , chez les polypes , sont connus depuis fort longtemps. Bernard de Jussieu et Réaumur en ont laissé DES POLYPES COMPOSÉS D'EAU DOUCE. 93 », une courte mais bonne description. Il n'est pas douteux que Pallas les ait vus dans son Titbularia fungnm (alcyonelle). Rôsel les a vus et figurés sans connaître leur nature. Schœffer reconnut les véritables œufs en 1751. Vau- cher est le premier qui les a figurés au moment de l'éclosion. M. Raspail en a donné une description très-détaillée, et il les a représentés sous toutes leurs faces. MM. Gervais et Siebold les ont observés dans ces derniers temps. En 1828, Meyen découvre dans les plumatelles des œufs mobiles cou- verts de cils et d'où il voit sortir de jeunes polypes. Étant sûr de son fait et ne pensant pas qu'il puisse y avoir deux sortes d'œufs, il ne veut plus voir dans les œufs ordinaires que des corps parasites, et une observation deNordmann le fortifie, en 1854, dans sa conviction. En suivant le même raisonnement, plusieurs naturalistes refusèrent d'admettre les observations de Meyen, convaincus qu'ils étaient, que les œufs décrits, depuis Bernard de Jussieu et Réaumur, étaient des œufs véritables. De Là naquit une grande incertitude. Nous avons été assez beureux d'étudier chez les mêmes poly- pes les deux sortes d'œufs, et les observations présentées, en 1859, par l'un de nous, s'accordent de point en point avec celles de Meyen. L'un de nous avait déjà distingué, en 1855, les œufs et les embryons mobiles chez le polype à panache de Trembley. Ovaire. — Ce n'est qu'après de longues recherches que l'un de nous est parvenu à bien connaître la disposition de l'ovaire dans le genre qui nous occupe. On avait toujours étudié cet organe chez des individus con- servés encore dans leur loge; il a fallu détacher des polypes réunis au nombre de 5, 4 ou 5, et en les comprimant entre deux lames de verre, on peut voir d'une manière très-distincte, l'organe mâle et femelle. N'ayant pu distinguer avant cela les œufs qu'à un faible grossissement et lorsqu'ils avaient déjà un certain volume, les parties essentielles avaient échappé. L'ovaire consiste dans plusieurs poches arrondies situées immédiate- ment derrière le cul-de-sac de l'estomac et qui font l'effet d'autant d'œufs. Ce sont des ovisacs, car dans chacun d'eux on trouve plusieurs œufs réunis pourvus chacun des vésicules qui les caractérisent. 94 HISTOIRE NATURELLE Dans chacun des renflements de l'ovaire, on trouve de 10 à 15 œufs à peu près également développés. Ces œufs sont arrondis et libres dans l'in- térieur du sac. En procédant de dedans en dehors, on voit qu'ils sont composés : 1° D'une macule de Wagner; 2° D'une vésicule de Purkinje, grande relativement au volume de l'œuf; 5° D'un vitellus très peu volumineux; 4° D'une membrane vitelline; 5° Du chorion. La macule de Wagner, le plus souvent simple, et quelquefois aussi dou- ble, comme on le voit dans la /?en |>lus que grandeur na- turelle. 2. Une branche vue à un plus fort grossissement. On voit plusieurs Polypes épanouis. On dislingue les œufs a. a. à travers les parois du polypier. 3. L'extrémité d'une branche vue à un plus fort grossissement, montrant deux individus épanouis et vus de profil. On voit les tentacules plus longs d'un coté et par là une tendance vers la disposition en fer-à-cheval. A , C. Deux individus épanouis. B. Un autre sur le point de s'épanouir. b. Couronne tcntaculaire. c. Membrane intertentaculaire. cl. La bouche et la lèvre. e. Cavité buccale. f. OEsophage. g. Anus. h. Fèces. i. Estomac. h. Ovaire. /. Muscle rétractent 1 de l'estomac. m. Muscle long rétracteur, n. Peau. oo. Muscles courts rétracteurs. z. Ganglion nerveux. 4. L'aspect du polypier vu à un plus fort grossissement. Des grains de sable et toutes sortes de corps étrangers incrustent les parois. 5. Un Polype complet, isolé, à moitié épanoui, tel qu'il se tient dans sa loge. Jamais les parois du polypier ne sont transparentes. 6. La couronne tentaculaire isolée pour montrer la disposition de la membrane in- tertentaculaire. On voit aussi dans cette figure, en dessons des tentacules, de courts appendices à la surface de la peau. Celte couronne est vue du côté du dos, comme l'indique la situation du rectum. 7. Un ovaire isolé montrant des œufs à différents degrés de développement. 8. Un oeuf isolé, vu de profil, un peu plus mûr. 10. Un œuf au dernier degré de maturité. 124 EXPLICATION DES PLANCHES. Fig. 1 1-16. Des œufs dans lesquels l'embryon s'est développé et qui font le point de départ d'une nouvelle colonie. p. Le Polype. q. La bouche. 17. Un de ces embryons dégagé de sa coque et montrant déjà ses différents organes, s. Tentacules. t. OEsophage. u. Estomac. v. Intestin. 48. Un autre embryon, dégagé aussi de sa coque, un peu plus avancé , montrant un nou- vel individu en voie de développement. EXPLICATION DES PLANCHES. 125 PLANCHE IV. Alcyonella fu.ncosa. Pallas. Les mêmes lettres de celle planche indiquent les mêmes organes. Fiq. 1. Deux loges ouvertes dans leur longueur; l'une montre un Polype épanoui A, l'autre un Polype rentré B. On reconnaît les parois du polypier à leur couleur. En avant, cette couleur se perd insensiblement, les parois deviennent plus transparentes, perdent de leur consistance et se ramollissent pour le passage de la couronne de tentacules. On voit un ver dans la cavité péri-intestinale; sur le côté, en jaune, on voit des fèces évacuées. a. Couronne tentaculaire. b. Lèvre jouissant d'une grande mobilité. c. Cavité buccale. d. OEsophage. e. Estomac. f. Rectum ou intestin. g. Anus. h. Valvule oesophagienne. ». Épiderme. I. Ganglion nerveux. (On a mis par erreur un 6 au lieu d'un l.) m. Long muscle rétracteur. n. Courts muscles rétracteurs de la gaîne. o. Ovaire dans l'un et testicule dans l'autre. p. Bourgeon. q. Embryons à trois degrés différents de développement. r. Le derme. s. L'épiderme. 2. Un individu vu à un plus fort grossissement pour montrer le repli formé par la peau et la manière dont il rentre dans la loge. Le Polype est vu obliquement du côlé du dos. En m on voit les muscles longs rétracteurs et la manière dont ils se terminent à la base des tentacules. En n on aperçoit les cordons musculaires situés tout autour de la gaîne pour faire rentrer celle-ci ou pour l'enrouler, t montre la membrane qui unit les différents tentacules les uns aux autres. 5. Les muscles longs rétracteurs isolés pour montrer leur mode de terminaison et leurs rapports avec le ganglion nerveux. 4. Une coupe de la gaîne avec ses bandes musculaires, l'épaisseur du derme r et de l'épi- derme s. 5. L'entrée du canal digestif. o. La bouche véritable. b. La lèvre mobile. /. Ganglion nerveux et collier œsophagien. I-2G EXPLICATION DES PLANCHES. Fi. Rameau du polypier ci-dessus, fortement grossi et comprenant trois polypes adultes, l'un développé et vu de face, le second développé et vu de côté, le troisième plus jeune el rentré dans la masse commune. a, b , c , d, e. Système dermique de la masse commune. e, b, f, g. Système dermique individuel, sorti de la masse commune. e, h. Le même, rentré dans la masse commune et servant d'étui aux branchiules qu'il renferme. a, b. Anneau du système cutané général ou s'insère le système cutané individuel. f, g. Le col. g , i. Bras partant du sommet du Polype et portant les branchiules. h. Les branchiules réunies à leur base par une membrane faisant entonnoir. I. Muscles du système cutané individuel. m. Muscles du système cutané général. n. Bouche. o. Oesophage. p. Gésier. q. Estomac. r. Cul-de-sac de l'estomac. s. Intestin. t. Anus. u. Ovaires. 4. Portion du système cutané général fortement grossie. 5. Un Polype vu par le dos. a, b. Le col. a, b, c, d. Système dermique individuel. b, e , g. Le bras droit et ses branchiules. a. f, h. Le bras gauche et ses branchiules. i, i. Les deux muscles labiaux. k, k. Les deux muscles cervico-tentaculaires. I. L'estomac. 130 EXPLICATION DES PLANCHES. m. L'intestin. n. L'anus. o. Les deux ganglions sus-œsophagiens. Fia. G. Région du col fortement grossie, pour montrer la situation des organes. a. Ganglions sus-œsophagiens. b. Lèvre supérieure. c. Lèvre inférieure. d. Oesophage. /'. Anus. z. Intestin. 7. La bouche. S, 9, 10. Ovaires. On voit, fig. 9, une masse de globules qui paraissent sortir du rende- ment supérieur. 1 1. Agrégat de globules du sang, formé dans les bras et qui retombe enfin dans la cavité générale. 12. Premier état du bourgeon qui se forme à la paroi intérieure de la cavité générale et qui deviendra plus tard un Polype. 13. Deuxième état : les lobes de la masse figurée au numéro précédent prennent une forme allongée. 14. Troisième état: les lobes se séparent pour former les intestins. 15. Quatrième état : le cul-de-sac de l'estomac se sépare et reste attaché par l'ovaire. 16. Cinquième état : les intestins se séparent de plus en plus et laissent entrevoir les muscles; l'enveloppe générale forme une proéminence marquée. 17. Sixième état: la proéminence se perfore, et le jeune Polype commence à avaler par cette ouverture. 18. Septième étal : la branchiules, repliées sur elles-mêmes, commencent à vouloir sortir de l'enveloppe générale. 19. Sortie des bras; les branchiules se déplient, s'épanouissent; l'animal respire. 20. Base d'un polypier brisée et de laquelle sortent des embryons nus. 21. Embryons nus. 2-2. OEuf vu par le dos et en état d'éclosion , fortement grossi. 25. Le même vu de profil. 24. Jeune Polype sorti de l'œuf et fixé par son suçoir. 25. Base d'un polypier, présentant des renflements qui se formeront en propagules. 26. La même dont les propagules vont se développer. 27. Un propagule quelque temps après sa séparation. 28. Trois sacs formés à la base du polypier et dans lesquels on aperçoit une quantité d'em- bryons nus roulant avec rapidité les uns sur les autres. FIN. \Icmii. Acacl.de lli'Hs. I'. \\ , PI. 1. ' A i € i , l'aliidicclla Klirculici'oii . \lrm. leaa.de Brux. T. XV. .11. I w • I h . '/ ! 1/ /-*T f i ,:; 18 '.<) ■ , ■ ■" ■ 1 1 b l 'îuudiceila Rlironber£>ii. M <*Mk >. -• A»-: 1 i ^^ - . * -.- - * I '••( ►*« l ^ ;^-*Y-' •*Y»?< ^ ^ I / 6 p*HTC* ■< , t* > tri "dm